« Last Night in Soho » : Comment Edgar Wright s'y est pris pour envoyer valser le Swinging London

THRILLER « Last Night in Soho », en salle ce mercredi, plonge les deux actrices Thomasin McKenzie et Anya Taylor-Joy dans un voyage dans le temps terrifiant signé Edgar Wright

Caroline Vié
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Anya Taylor-Joy et Thomasin McKenzie dans «Last Night in Soho» d'Edgar Wright
Anya Taylor-Joy et Thomasin McKenzie dans «Last Night in Soho» d'Edgar Wright — Universal Pictures France
  • Fascinée par le Swinging London, une styliste s'y retrouve plongée dès qu’elle s’endort dans « Last Night in Soho ».
  • Le rêve tourne vite au cauchemar quand elle commence à partager les expériences d’une jeune danseuse des années 1960.
  • Les performances en miroir d’Anya Taylor-Joy («Le Jeu de la dame ») et Thomasin McKenzie (« Leave No Trace ») sont l'atout majeur de cette fable flippante à souhait.

L’une rêve du Swinging London des années 1960, l’autre y a vécu. Elles vont se rencontrer dans Last Night in Soho d’Edgar Wright. Thomasin McKenzie, vue dans Leave No Trace et Jojo- Rabbit et Anya Taylor-Joy, révélation de la série Le Jeu de la dame, livrent une impressionnante performance en miroir dans ce conte horrifique.

La première, apprentie styliste biberonnée aux tubes des sixties, se retrouve plongée à cette époque dès qu’elle s’endort. Et la voilà qui partage l’expérience d’une jeune danseuse, mais son voyage dans le temps tourne vite au cauchemar. « Le film confronte l’image fantasmée qu’on peut avoir d’une époque à la réalité, explique Edgard Wright à 20 Minutes. C’est une histoire de femmes. » Pour la raconter, le réalisateur de Baby Driver et des Sparks Brothers a recueilli des témoignages féminins.

Un cauchemar progressif

Ses productrices et la coscénariste Krysty Wilson-Stairns l’ont épaulé tout comme ses jeunes comédiennes. Il s’est aussi assuré la collaboration de stars qui ont vécu cette époque comme Diana Riggs (décédée en 2020 et à qui Last Night in Soho est dédié) et Rita Tushingham. « Il était capital d’être le plus exact possible non seulement dans la reconstitution des années 1960 mais aussi pour décrire les expériences subies par les héroïnes », raconte-t-il. Entre le souteneur brutal des sixties ( Matt Smith , inquiétant) et le pilier de bar flippant d’aujourd’hui ( Terence Stamp, terrifiant), les deux jeunes femmes ont de quoi se sentir tout le temps menacées.

« J’avais en tête l’esthétique des films de cette période avec leurs couleurs chaleureuses, précise Edgar Wright. Je l’ai détournée pour la rendre angoissante, pour que chaque incursion de l’héroïne dans ces années soit de plus en plus anxiogène. » Et ça fonctionne on ne peut mieux tant on se laisse happer avec elle dans un monde hostile que la beauté des images rend encore plus mortifère. On pense à Mario Bava et Dario Argento, maîtres de l’horreur italienne, en découvrant un Londres aux teintes baroques.

Des héroïnes en détresse

L’une des plus belles scènes du film, au cours de laquelle les demoiselles se croisent dans un escalier couvert de miroirs, témoigne de la virtuosité du cinéaste. « J’ai conçu ma mise en scène comme un ballet sur des chansons des années 1960, insiste-t-il. Il y a très peu d’effets spéciaux numériques. La plupart des séquences ont été tournées en direct. » Cela renforce l’immersion d’un spectateur qui, sans en prendre vraiment conscience, ressent dans sa chair la détresse de jeunes femmes qu’il découvre moins fragiles qu’il ne l’avait imaginé.