« Illusions perdues » : Xavier Giannoli égratigne la presse avec son adaptation de Balzac

CRITIQUE Le réalisateur de « Marguerite » offre une galerie de portraits fascinante dans « Illusions perdues » au cinéma ce mercredi

Caroline Vié
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Benjamin Voisin dans «Illusions perdues» de Xavier Giannoli
Benjamin Voisin dans «Illusions perdues» de Xavier Giannoli — Roger Arpajou/Gaumont
  • « Illusions perdues » est une adaptation d’un roman d’Honoré de Balzac plongeant dans le monde de la presse au XIXe siècle.
  • Loin d’être étouffante, cette reconstitution virtuose entraîne le spectateur dans un tourbillon d’intrigues.
  • Il s’est entouré d’une distribution brillante pour faire partager les désillusions à un arriviste incarné par Benjamin Voisin.

Illusions perdues de Xavier Giannoli rend Honoré de Balzac aussi haletant qu’un bon suspense. Le réalisateur de Marguerite accompagne un jeune arriviste venu de province ( Benjamin Voisin) dans le milieu du journalisme au XIXe siècle, l’époque où la presse va devenir commerciale.

« Je n’ai pas de comptes à régler avec la presse, déclare le cinéaste à 20 Minutes. Mon récit évoque la façon dont la société a fini par s’agenouiller devant l’obsession du profit. C’est ce que montrait Balzac aussi avec autant de drôlerie que de sévérité. » La mise en scène virtuose emporte le spectateur sur les traces d’un arriviste brillant comme le faisait Martin Scorsese dans Le Loup de Wall Street.

Jeu de massacre et tourbillon

Xavier Giannoli s’est entouré d’une distribution cinq étoiles pour faire découvrir les joies et les dangers de la vie parisienne à son héros sous la forme d’un jeu de massacre réjouissant. Cécile de France en aristocrate de province, Jeanne Balibar en marquise manipulatrice, Vincent Lacoste en journaliste sans scrupule, Xavier Dolan en écrivain génial et Gérard Depardieu en éditeur sont tous épatants. On garde un faible pour Salomé Dewaels qui apporte fraîcheur et sincérité dans le rôle d’une actrice populaire rêvant de jouer les grands textes classiques.

« J’ai voulu embarquer le public dans un tourbillon, précise Xavier Giannoli, et montrer sans regard moral ni punitif la façon dont est née l’information spectacle. » Les journalistes du film rackettent les directeurs de théâtre afin de leur vendre des articles laudateurs pour leurs pièces ou assassins pour leur concurrence. La politique n’est pas épargnée dans ce monde où l’argent est roi. On pense aussi à Wall Street d’Oliver Stone tant l’amour du profit prend le dessus au point que les personnages ne vivent plus que pour lui.

Passionnant de bout en bout

Illusions perdues passionne dès ses premières images. Non seulement parce que le film donne une belle leçon d’Histoire, mais parce que les femmes et les hommes qu’il décrit demeurent profondément actuels. « Cela ne m’intéressait pas de pointer les gens du doigt, insiste Xavier Giannoli. Tous ont des raisons pour se conduire comme ils le font. » La Comédie humaine, telle que la décrivait Balzac est toujours aussi forte et ironique. Xavier Giannoli la restitue de façon moderne avec tant d’enthousiasme et de talent qu’on se laisse happer en oubliant qu’il adapte un classique de la littérature. On ne saurait lui faire plus beau compliment.

« À l'origine », un trafic fluide mis en scène par Xavier Giannoli