« Mourir peut attendre » : Pourquoi le dernier James Bond avec Daniel Craig pourrait bien diviser les fans

SUITE ET FIN « Mourir peut attendre », en salles ce mercredi, s'ancre de plus en plus dans l’air du temps au détriment de la tradition du personnage de 007

Caroline Vié
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Daniel Craig dans «Mourir peut attendre» de Cary Joji Fukanaga
Daniel Craig dans «Mourir peut attendre» de Cary Joji Fukanaga — DANJAQ, LLC AND MGM/Universal France
  • Daniel Craig fait ses adieux au personnage de James Bond dans « Mourir peut attendre ».
  • L’acteur révèle un aspect plus tendre et moins macho du personnage.
  • Ce parti pris a de quoi dérouter les fans de la première heure.

Enfin, James Bond est de retour ! Retardé pour cause de pandémie, Mourir peut attendre de Cary Joji Fukunaga débarque dans les salles ce mercredi. Et pour sa cinquième et dernière mission dans le rôle de 007, Daniel Craig a la lourde tâche de faire revenir massivement en salle des spectateurs un brin frileux.

L’avant-première du 28 octobre s’est déroulée sous haute surveillance et avec le hashtag #Spoilerdoitattendre. C’est tout en respectant scrupuleusement cette consigne que 20 Minutes explique pourquoi le film, plus que jamais ancré dans l’air du temps, ne peut que diviser les fans, les plus anciens et les modernes.

Un grand Bond en avant

Le personnage créé par Ian Fleming a changé depuis Casino Royale en 2006. Quantum of Solace (2008) puis Skyfall (2012) et Spectre (2015) ont donné à Daniel Craig un rôle de 007 charismatique mais torturé. Et Mourir peut attendre a définitivement tiré un trait sur l’image du macho-coureur-de-jupons-porté-sur-la-boisson. Mais ce que le héros a gagné en qualités humaines, notamment grâce à la présence de la scénariste Phoebe Waller-Bridge (Fleabag et Killing Eve), il l’a perdu en singularité. Et ses fans les plus fidèles peinent à le reconnaître.

Sauver le Bond

Les derniers films, ceux qu’interprète Daniel Craig, sont devenus « feuilletonnants » : chaque épisode suit le précédent, ce qui est encore plus évident lors de la séquence d’ouverture sublime de Mourir peut attendre. On a toujours un savant fou décidé à détruire le monde avec une invention maligne comme tout ( Rami Malek oscarisé en 2019 pour avoir incarné Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody) et on revoit Christoph Waltz, supervilain qui continue à nuire du fond de sa prison. Mais James Bond se fait tirer l’oreille pour revenir aux affaires ce qui fait autant grincer les dents des fans que quand Luke Skywalker balançait son sabre aux orties dans Star Wars.

Fini le Bond temps

Autrefois portées sur les missions horizontales, les James Bond Girls sont devenues des femmes fortes qui n’ont rien à envier à 007 quand il s’agit de baston. Signe des temps, le matricule 007 a même été attribué à une femme noire après le départ à la retraite de James Bond à la fin de Spectre (2015). Au point d’alimenter les rumeurs que le prochain Bond serait une femme, ce que la production a démenti ! En tout cas, dans Mourir peut attendre, Lashana Lynch tient tête à Daniel Craig avec classe et talent. Ana de Armas vole aussi la vedette au héros dans une trop courte séquence d’action à Cuba. Quand ces dames entrent dans la chambre de l’agent secret, c’est pour parler business.

Bond pour l’action

« Qui dit héros plus tendre implique intrigue plus bavarde portée sur le mélo » (proverbe hollywoodien). Si les séquences de cascades sont toujours spectaculaires, Cary Joji Fukunaga révèle un 007 presque sentimental, trait de caractère qu’on avait déjà (légèrement) entrevu dans Au service secret de Sa Majesté (1969) où, sous les traits de George Lazenby, James Bond convolait en justes noces et ça tournait mal. Mais aujourd’hui, les amours de l’agent secret avec une psy jouée par Léa Seydoux prennent autant d’importance que les enjeux sociopolitiques. Une partie du public se laisse émouvoir, l’autre, de rage, se tape la tête contre le fauteuil qui lui fait face.

Les références à Bond

Les fans passionnés pourront se consoler car les références aux précédents films abondent. C’est un « James Bond pour les Nuls » en même temps qu’un voyage dans le temps au fil de la saga qu’offre Mourir peut attendre avec des répliques comme « Nous avons tout le temps du monde » . La première partie du film en Jamaïque rend hommage à Sean Connery et à Ian Fleming qui y créa le personnage. La deuxième fait un clin d’œil à Roger Moore, Timothy Dalton, et Pierce Brosnan avec ses bagarres, ses poursuites et ses gadgets. Quant à la troisième, plus sensible, sombre et élégiaque, elle évoque Au service secret de Sa Majesté, le seul épisode interprété par George Lazenby tout en préparant le départ de Daniel Craig et sa relève.

Et Bond dans tout ça ?

Une seule chose est certaine à l’issue de la projection : James Bond reviendra, comme le veut la tradition (et les bons comptes de la production). Un carton l’annonce même à la fin de Mourir peut attendre. Mais qui sera le nouveau 007 ? On parle de Tom Hardy pour reprendre le rôle mais rien n’est acté et le mystère demeure entier. Aucune annonce ne sera faite avant l’an prochain pour connaître le nom de celui qui aura pour première mission de fédérer à nouveau tous les fans. Un sacré défi à relever !