« Une histoire d’amour et de désir » : Jolie valse-hésitation d’un homme porté par le regard d'une femme

SEXE EDUCATION La sexualité d’un jeune homme qui peine à assumer sa passion pour une camarade de fac est au centre d'« Une histoire d’amour et de désir » en salle ce mercredi

Caroline Vié
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Zbeida Belhajamor et Sami Outalbali dans «Une histoire d’amour et de désir» de Leyla Bouzid
Zbeida Belhajamor et Sami Outalbali dans «Une histoire d’amour et de désir» de Leyla Bouzid — Pyramide Distribution
  • Dans « Une histoire d’amour et de désir » de Leyla Bouzid, un jeune homme d’origine algérienne s’éprend d’une fille tunisienne plus délurée que lui.
  • La réalisatrice évoque la sexualité masculine et dévoile la valse-hésitation entre pudeur et pulsions.
  • Découvert à la Semaine de la Critique de Cannes, ce très beau film sensuel a également reçu deux prix au Festival du Film Francophone d’Angoulême.

Tout est dans le titre ou presque. Une histoire d’amour et de désirde Leyla Bouzid parle des deux. De la passion que ressent un jeune banlieusard d’origine algérienne pour une camarade de fac et de sa terreur de passer à l’acte alors qu’il en meurt d’envie.

Découvert à la Semaine de la Critique en juillet à Cannes, puis récompensé par le Valois de Diamant et par le prix d’interprétation pour Sami Outalbali au Festival du Film Francophone d’Angoulême, ce film incandescent, tout en sensualité délicate, explore le désir au masculin.

Un regard féminin

« Tant d’hommes ont traité de la sexualité féminine que je ne voyais pas pourquoi une femme ne s’autoriserait pas à évoquer celle d’un homme », confie la réalisatrice à 20 Minutes. La qualité du film de Leyla Bouzid prouve qu’elle a eu mille fois raison de se pencher sur le sujet. Les rapports entre ce garçon timide incarné par Sami Outalbali, vu dans les séries Sex Education et Les Grands, et une Tunisienne moins timorée que lui mais tout aussi fragile (Zbeida Belhajamor, débutante touchante en étudiante amoureuse) sont rythmés par les poèmes arabes érotiques qu’ils étudient à l’université.

« Il la désire passionnément et ne l’assume pas, explique la réalisatrice. Sa culture et ses doutes le freinent dans son envie de vivre ses pulsions. C’est un sujet qui a été peu traité au cinéma, à l’exception de comédies comme 40 ans et toujours puceau. » Loin de l’humour potache d’un Judd Apatow, la réalisatrice d’A peine j'ouvre les yeux (2015) dévoile le point de vue de ce garçon sensible déchiré entre sa soif d’amour et les barrières qu’il s’impose.

La beauté des corps et des textes

« J’ai voulu aussi parler de la diversité des points de vue à l’intérieur de la communauté maghrébine, insiste Leyla Bouzid. Entre une Tunisienne fraîchement débarquée à Paris et un banlieusard qui n’a jamais connu l’Algérie, il y a forcément des différences. » A commencer par la conception de la liberté sexuelle. Ou la place des hommes et des femmes dans la société…

La cinéaste prend soin de filmer les corps avec pudeur, donnant une saveur délicate à cette Histoire d’amour et de désir. Le spectateur suspend son souffle, ému par tant de beauté dans l’image comme dans les textes que lisent les protagonistes. « Si le héros ne désirait qu’une expérience sexuelle ou une relation platonique, tout serait plus simple pour lui, explique Leyla Bouzid. Le fait qu’il souhaite les deux rend les choses plus compliquées. » C’est de cette complexité que naît le charme irrésistible de ce très beau film qui célèbre le besoin d’aimer et d’être aimé.