« Bac Nord » : Pourquoi ce polar tourné à Marseille fait polémique tout en étant très efficace

POLICE Le réalisateur de « La French » s’inspire du véritable procès de policiers marseillais pour « Bac Nord » en salle ce mercredi

Caroline Vié
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Gilles Lellouche dans «Bac Nord» de Cédric Jimenez
Gilles Lellouche dans «Bac Nord» de Cédric Jimenez — Jérôme Mace/ Studio Canal
  • Cédric Jimenez évoque des policiers voyous dans « Bac Nord ».
  • Il a puisé son inspiration dans des faits reprochés à des membres de la BAC des quartiers nord de Marseille pour ce polar hargneux.
  • Gilles Lellouche, Adèle Exarchopoulos, François Civil et Karim Leklou sont à l’affiche de cet excellent polar qui a fait polémique à Cannes.

En 2012, un scandale ébranlait la Brigade anticriminalité (« BAC ») des quartiers Nord de Marseille dont certains membres étaient accusés d’avoir participé à divers trafics. Neuf ans plus tard, Bac Nord de Cédric Jimenez s’inspire librement de ces évènements alors que le procès des véritables policiers s’est clos en avril dernier.

Ce western urbain très efficace réunit Gilles Lellouche, François Civil, Karim Leklou et Adèle Exarchopoulos autour du réalisateur de La French, lui-même originaire de Marseille. Le film a été présenté hors compétition au Festival de Cannes où il a fait polémique. Lors de la conférence de presse cannoise, un journaliste a même pris le cinéaste à partie en l’accusant d’inciter à voter pour l’extrême droite en prenant la défense des policiers.

Ne pas stigmatiser la population marseillaise

« Je ne pense pas que le film soit là pour dénoncer les zones de non-droit et pour attiser la colère. Au contraire, a précisé le cinéaste en réponse. Je raconte la colère parce que j’ai choisi le point de vue des policiers ». Cédric Jimenez montre comment ses personnages, trio de têtes brûlées, sont entraînés à franchir la ligne jaune qui mène à la délinquance par une hiérarchie qui souhaite toujours plus de résultats.

Sa mise en scène nerveuse plonge le spectateur au cœur de quartiers difficiles. « C’est un focus sur une affaire, sur deux ou trois cités qui posent problème, sur des policiers qui ne sont pas des anges… Mais en face, ils n’en sont pas non plus, » insiste le cinéaste qui se défend vigoureusement d’avoir voulu stigmatiser la population marseillaise dans son entier.

Séquences virtuoses

Un scénario taillé au cordeau coécrit par Cédric Jimenez et Audrey Diwan ne laisse aucun répit au public en le conduisant à réfléchir sur la situation et les raisons de ce déferlement de violence. Le film n’a rien d’un appel à la haine. Bac Nord est un excellent film policier anxiogène à souhait. Il offre des séquences virtuoses à l’exemple d’une scène de siège d’une rare intensité. Plus que les femmes et les hommes, ce sont les institutions que brocarde cette œuvre qui ne fait aucun cadeau à ses protagonistes.

Il y a autant d’intelligence que de cinéma dans ce polar qui confirme que Cédric Jimenez est l’un des maîtres français du genre. Pour le reste, chacune et chacun se fera sa propre opinion sur les solutions à apporter après avoir profité d’un divertissement hargneux qui laisse à bout de souffle.