« Onoda » : Les dix mille nuits d’un soldat japonais oublié dans la jungle après la fin de la guerre

AVENTURES Le réalisateur français Arthur Harari retrace dans « Onoda », en salle ce mercredi, les trente ans passés dans la jungle par un officier japonais à qui personne n’avait dit que la guerre était finie

Stéphane Leblanc
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Onoda, film de Arthur Harari
Onoda, film de Arthur Harari — BATHYSPHERE
  • Onoda retrace les trente ans passés dans la jungle par un officier japonais à qui personne n’avait dit que la guerre était finie.
  • Arthur Harari a trouvé le moyen de rendre cette histoire vraie, mais incroyable, particulièrement crédible.
  • Le réalisateur français en a fait un film d’aventures, plus qu’un film de guerre, avec un suspense qui distille ses effets de surprise pendant 2h45.

La France a son soldat inconnu. Le Japon a son soldat oublié à la fin de la guerre. Hiro Onoda est resté caché avec une poignée d’hommes pendant trente ans dans la jungle d’une île des Philippines. Dix mille nuits, indique le sous-titre du superbe film qu’Arthur Harari lui consacre et qui sort ce mercredi. Fin 1944, la mission de cet officier japonais était simple : retarder le débarquement américain sur l’île de Lubang, dans les Philippines.

Les Américains n’ayant pas débarqué, sa mission ne pouvait se terminer que le jour où son supérieur, le major Taniguchi, « viendrait le chercher ». Personne n’est jamais venu si bien que, pour cet homme formé aux renseignements, tout signe extérieur laissant croire que la Seconde Guerre mondiale est finie ne pouvait que s’apparenter à un piège grossier. Seul avec une poignée d’hommes, il a continué sa guérilla dans la jungle pendant près de trente ans…

Histoire célèbre au Japon mais taboue

Cette histoire incroyable est célèbre au Japon. Ce qu’en a tiré le jeune cinéaste Arthur Hariri, connu pour Diamant noir, excellent thriller dans le milieu des diamantaires, est remarquable, tant il parvient à créer du suspense, au milieu de trente ans d’attente résumée en 2h45 à l’écran, et à distiller les images qui frappent la rétine. Comme celle qui ouvre le film avec cet homme en tenue de camouflage arpentant longuement les blés battus par les vents. « Je cherchais un sujet pour un film d’aventures et mon père m’a soufflé cette histoire, explique le cinéaste à 20 Minutes. Je me suis documenté, on a écrit le scénario, monté la production… Et ce n’est qu’une fois au Japon, en parlant avec des gens de cinéma et les acteurs que je trouvais pour incarner les personnages, que j’ai compris à quel point l’histoire d’Onoda était taboue. »

Il faut dire que pendant trente ans, le soldat oublié a tué beaucoup de gens, y compris après la guerre puisqu’il pensait qu’elle n’était pas terminée. Et cet homme est resté, bien après son retour à la vie civile, un militariste nostalgique et un nationaliste revendiqué. C’est sans doute pour cela qu’aucun réalisateur japonais ne s’en est jamais emparé. Ce qu’a fait Arthur Harari de cet antihéros pour le rendre à ce point crédible est d’autant plus impressionnant qu’Onoda, présenté à Cannes dans la section Un certain regard, a déjà une sortie prévue cet automne au Japon.

Décès d'un soldat japonais qui avait continué la guerre jusqu'en 1974