« Bonne mère » : Hafsia Herzi ausculte le quotidien difficile d’une mère de famille marseillaise

MAMAN L'actrice Hafsia Herzi confirme ses talents de cinéaste en sortant « Bonne mère » au cinéma ce mercredi

Caroline Vié

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Halima Benhamed dans «Bonne mère» d'Hafsia Herzi
Halima Benhamed dans «Bonne mère» d'Hafsia Herzi — SBS Distribution
  • « Bonne mère » fait partager les épreuves d’une maman des quartiers nord de Marseille.
  • Halima Benhamed, actrice non-professionnelle, est éblouissante dans le rôle d'une quinquagénaire courageuse prête à tous les sacrifices pour la survie de sa famille.

 

Hafsia Herzi avait déjà prouvé ses qualités de cinéaste avec Tu mérites un amour. Bonne mère, son deuxième long-métrage présenté cette année au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, prouve qu’il ne s’agissait pas d’un coup de chance. Ce portrait d’une maman marseillaise est magnifique.

« J’ai connu beaucoup de femmes comme Nora, mon héroïne, explique à 20 Minutes Hafsia Harzi. Elle trouve naturel de tout donner à ses enfants sans se rendre compte qu’ils abusent parfois de sa bonté. » Un fils en prison pour braquage, une fille au chômage, une belle-fille qui fait ce qu’elle peut et deux petits-enfants dont de quoi occuper la dame qui multiplie les boulots pour maintenir les siens à flot.

Un titre à double sens

Le titre du film fait à la fois référence aux qualités de cette quinquagénaire courageuse et au surnom de la basilique Notre-Dame de la Garde qui surplombe Marseille. « Je connais bien les quartiers nord dans lesquels elle évolue parce que j’en suis moi-même issue, précise Hafsia Herzi. Tous les personnages du film sont librement inspirés de gens que j’ai côtoyés. »

On a un faible pour la grande fille, maman d’une gamine adorable, qui veut travailler pour un site sadomasochiste en estimant qu’il ne s’agit pas de prostitution puisqu’elle ne fera que taper sur ses clients. Hafsia Herzi laisse alors apparaître une pointe d’humour bienvenue dans les conversations entre des femmes au verbe haut qui cherchent à échapper à la pauvreté par tous les moyens.

L’empathie avant tout

L’empathie est le maître-mot du film qui traite ses personnages aussi paumés soient-ils sans porter de jugement sur eux. « Je me suis entourée d’actrices et d’acteurs non professionnels car j’ai pris exemple sur Abdellatif Kechiche, mon père de cinéma qui m’a tout appris » explique la réalisatrice. Elle a fait travailler ses interprètes en amont du tournage en prenant garde à ne pas leur faire perdre leur naturel. La solidarité que rencontre Nora auprès de ses camarades de travail fait monter les larmes aux yeux.

Sa plus grande réussite est d’avoir déniché Halima Benhamed, auxiliaire de vie de son été, qui dévore l’écran dans le rôle-titre. « Dès que je l’ai vue, j’ai su que c’était elle, se souvient Hafsia Herzi. Elle a une intelligence de jeu remarquable pour faire comprendre la subtilité d’une femme qui aime les siens par-dessus tout. » La dignité de cette héroïne du quotidien qui annonce vouloir se battre jusqu’à s’écrouler de fatigue fait respecter cette bonne mère pétrie de tendresse.