« Sweet Thing » : Pourquoi Alexandre Rockwell fait jouer une famille dysfonctionnelle par ses proches

HOME CINEMA Alexandre Rockwell assume le risque de faire jouer une famille dysfonctionnelle par sa propre famille qui ne l’est pas dans « Sweet Thing » au cinéma ce mercredi

Caroline Vié
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Lana Rockwell dans «Sweet Thing» d'Alexandre Rockwell
Lana Rockwell dans «Sweet Thing» d'Alexandre Rockwell — Urban Distribution
  • « Sweet Thing » se penche sur la vie d’un frère et d’une sœur confrontés à leur famille pas vraiment facile voire même carrément abusive.
  • Les enfants du cinéaste Alexandre Rockwell jouent les rôles principaux.
  • Il s'est aussi entouré d'autres proches pour ce film tourné en toute indépendance.

 

Le nom d’ Alexandre Rockwell ne vous dit rien ? Ce n’est pas tout à fait étonnant mais vous connaissez peut-être son travail. Après les très remarqués In The soup et Somebody to Love, il revient avec Sweet Thing, un bel exemple de ce que le cinéma indépendant new-yorkais peut donner de meilleur.

Dans un noir et blanc lumineux, le cinéaste suit la destinée d’un frère et d’une sœur coincés dans une famille dysfonctionnelle jusqu’au point de n’avoir d’autre solution que la fugue. Papa boit comme trou au point de se faire interner, Maman est démissionnaire et Beau-papa s’intéresse d’un peu trop près à son très jeune beau-fils. « Ces gamins vont devoir grandir trop vite, confie Alexandre Rockwell à 20 Minutes. J’avais envie de filmer leur évolution au plus près. »

Enfants de la balle

Alexandre Rockwell n’a pas cherché loin pour trouver ses interprètes juvéniles. Lana, 15 ans, et Nico, 11 ans, qui incarnent la sœur et le frère, sont ses propres enfants. « Mais la famille du film n’a rien à voir avec la nôtre, commente-t-il. Nous avons juste l’habitude de travailler ensemble depuis qu’ils sont petits. Ce qui était au départ un choix économique leur a donné le goût du métier d’acteurs. » Il les avait déjà dirigés bambins dans Little Feet (2013).

Les deux jeunes s’en sortent à merveille, y compris dans des scènes difficiles; celle dans laquelle Lana se fait couper les cheveux de force ou quand Nico fait face à une agression sexuelle. « Ils sont habitués à se trouver sur un plateau et font parfaitement la différence entre la réalité et la fiction. Bien expliquées, de telles scènes ne peuvent pas les traumatiser », estime Alexandre Rockwell.

Une affaire de famille

Alexandre Rockwell a aussi réuni son épouse Karyn Parsons et son ami Will Patton dans la distribution. « Comme nous avions un budget des plus réduits, c’était réconfortant d’être entouré d’esprits bienveillants et complices », précise-t-il. Cela explique sans doute en partie la justesse de ton de Sweet Thing, filmé en 16 mm ce qui rend toujours plus floue la frontière entre réalité et fiction.

« J’ai aussi fait appel à certains de mes étudiants pour m’épauler, reconnait-il. De nos jours, la seule façon de faire du cinéma indépendant de façon viable est de s’entourer de famille et de proches. » Il a de la chance d’avoir un tel entourage car Sweet Thing semble touché par la grâce emportant le spectateur dans un monde certes sombre, mais éclairé par la vitalité de graines de stars au talent exceptionnel.