«Il a fallu m'arracher "Kaamelott - Premier volet" comme une copie à un gamin un jour d’examen», confie Alexandre Astier

INTERVIEW Alexandre Astier s’est confié à « 20 Minutes » avant la sortie de son film « Kaamelott - Premier Volet » en salle ce mercredi

Caroline Vié

— 

Alexandre Astier dans « Kaamelott : Premier Volet »
Alexandre Astier dans « Kaamelott : Premier Volet » — SND
  • Alexandre Astier est serein au moment de la sortie de Kaamelott - Premier Volet en salle.
  • Il a peaufiné son film jusqu’à la dernière seconde et pense déjà à la suite.

Faites comme Alexandre Astier, appelez-le KV1. Kaamelott - Premier Volet sort enfin en salle ce mercredi après avoir été reporté plusieurs fois en raison de la pandémie de Covid-19. Auteur, acteur, compositeur, monteur et réalisateur de cette fresque somptueuse et drôle, Astier a parcouru un sacré chemin entre les épisodes gaguesques de cinq minutes et le long-métrage. Il s’est confié à 20 Minutes sur son évolution.

C’était dur de lâcher le film après tout ce temps ?

Je l’ai peaufiné jusqu’à la dernière minute ou presque… Il a fallu me l’arracher comme une copie à un gamin un jour d’examen. Je ne me voyais pas le laisser sur une étagère ou au congélateur en attendant que le Covid ait fini de nous casser les pieds. Le manque de temps est un danger quand on monte un film et c’est un luxe de pouvoir affiner et de disposer de suffisamment de recul pour reprendre l’ensemble en ayant oublié ce qu’on a fait. On découvre toujours des choses à améliorer.

Peut-on suivre le film si on ne connaît pas la série ?

Il est évident que le film se comprend mieux si on connaît la série mais ça devrait aussi plaire aux autres. Quand le chevalier Bohort hurle « mécréants », les fans reconnaîtront son cri de guerre mais les autres s’amuseront aussi de l’entendre dire un truc aussi décalé. Le plus casse-gueule, c’était de décrire la dépression d’Arthur car les néophytes auront peut-être l’impression qu’il leur manque un bout de l’histoire. Cela dit, je crois que les thèmes comme le destin d’un héros, une princesse prisonnière dans une tour ou un tyran au pouvoir sont universels et donc accessibles pour tout le monde.

En accumulant tous les postes en plus de jouer Arthur, vous n’avez pas peur de paraître un peu narcissique ?

Au contraire, j’ai craint de ne pas assez montrer Arthur. Il n’a pas le beau rôle dans KV1. Je ne raconte pas beaucoup son histoire. Il n’apparaît qu’assez tard dans le film. Il la boucle pendant un bon moment, puis il ne veut pas y aller et se fait tirer l’oreille avant de se décider… C’est un personnage en observation qui suit le vent. Je me suis demandé si cela ne nuirait pas à la structure du film. Et si le public allait accepter de le voir si peu.

Comment Sting est-il arrivé sur le projet ?

J’avais dans l’idée de prendre une rock star anglaise pour interpréter le chef anglo-saxon. S’il avait été encore de ce monde, j’aurais essayé d’avoir David Bowie. Quand j’ai pensé à Sting, je me disais qu’il avait autre chose à faire et je m’apprêtais à revoir mes ambitions à la baisse. Mais il a dit oui et il n’est pas arrivé les mains dans les poches, il était concentré, bosseur. Il a beaucoup impressionné François Rollin qui avait copiné avec lui à la cantine sans savoir qui il était et n’a plus osé lui parler après l’avoir reconnu !

Peut-on dire aux gens qui attendent une pure comédie qu’ils risquent d’être déçus ?

Mes personnages naviguent dans un monde de communication ratée et de sarcasme que j’adore mais qui est intenable sur la durée d’un long-métrage. Sur deux heures, on ne peut pas enchaîner des blagues sans interruption comme dans les premières saisons de Kaamelott dont les épisodes ne duraient que quelques minutes. Le public serait très rapidement épuisé. Il aurait une indigestion. Il faut marquer des pauses pour lui laisser le temps de souffler, ce que j’avais déjà expérimenté dans les saisons 5 et 6 de la série.

Comment voyez-vous une bonne comédie ?

Je ne pense pas qu’une comédie ait besoin de faire rire à gorge déployée pendant toute la projection. Mais en France, on a peur des changements de ton. Selon moi, tout peut coexister dans un film populaire : l’aventure, le rire mais aussi des moments plus graves où on peut s’autoriser à creuser la psychologie des personnages.

Craignez-vous des réactions hostiles ?

Je me suis endurci avec l’âge. Je sais qu’il existe des spectateurs qui ont décidé d’aimer et d’autres qui sont résolus à détester, quitte à refuser d’admettre qu’ils ont rigolé ! On ne peut pas lutter contre ça, on doit l’admettre.

Et si vous étiez dans l’impossibilité de faire le deuxième volet ?

Je ne veux pas me porter la poisse mais il faudrait vraiment que KV1 soit une catastrophe au box-office pour que je ne puisse pas tourner la suite. On ne me fera pas de cadeau et j’en suis conscient. Les gens pensent peut-être que les films sont comme des produits placés sur une étagère. Et qu’on en sort un de temps en temps ! Produire un film coûte de l’argent et on ne se lance que si l’affaire est estimée rentable.

Cette suite est-elle déjà écrite ?

Je connais les grandes lignes, le squelette mais je n’ai pas encré la chair. J’attends le feu vert de la maison de production pour me remettre au boulot. Ecrire trop en amont, c’est prendre le risque d’être hors sujet le moment venu. Disons que j’ai commencé à ouvrir sur mon téléphone un dossier KV2. Mais ce n’est pas la peine d’essayer de me le voler : il est très bien codé.

Quand pensez-vous que nous pourrons le voir ?

La temporalité n’est pas la même que pour KV1. Je n’étais pas pressé de réaliser le premier volet. Je pouvais prendre mon temps. Là, j’ai conscience que les gens vont attendre la suite. Je dois donc aller plus vite, d’autant plus que j’ai laissé les personnages en plein suspense. Cela dit, j’ai d’autres bateaux attachés dans mon port, d’autres projets qui pourraient passer avant celui-là. Mais pas remonter sur scène, car cela me prendrait trop de temps.

L’après « Kaamelott », vous y pensez ?

Etonnamment non ! Peut-être parce qu’en déclinant l’histoire sur beaucoup de formats différents, je n’ai jamais l’impression de faire la même chose. Dans KV1, je mets en avant la nouvelle génération, de jeunes acteurs que j’ai pris un immense plaisir à diriger. Et l’idée de Kaamelott Résistance me trotte toujours dans la tête pour traiter la période au cours de laquelle Arthur a disparu… Je ne sais pas comment je raconterai cette histoire, peut-être en bande dessinée. Une chose est sûre, je n’en ai pas fini avec Kaamelott et son univers.