« Annette »: Ce qu'il vaut mieux savoir pour apprécier le nouveau film de Leos Carax

COMEDIE MUSICALE Pour rendre sa comédie musicale très noire plus acceptable, Leos Carax a truffé « Annette » de motifs personnels, alors qu'il n'est pas l'auteur de cette histoire

Stéphane Leblanc
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Adam Driver et Marion Cotillard en pleine tempête dans « Annette » de Leos Carax
Adam Driver et Marion Cotillard en pleine tempête dans « Annette » de Leos Carax — CG Cinéma International

C’est son sixième film en presque quarante ans de carrière. Leos Carax est un artiste rare, un cinéaste dont les œuvres, aussi séduisantes soient-elles, recèlent toujours une profondeur insoupçonnée. Annette ne fait pas exception, mais attention au retour de bâton. La comédie musicale brillante et flamboyante, présenté en compétition à Cannes, en même temps qu’elle sort ce mercredi sur les écrans, connaît dans sa deuxième partie un renversement de situation prêt à vous retourner le cœur. Les âmes sensibles sont prévenues ! Et mieux vaut savoir deux ou trois choses pour ne pas se laisser trop lourdement abattre.

La première, c’est que Leos Carax n’est pas l’auteur du scénario. Ce sont les frères Sparks qui sont venus lui proposer cette histoire d’amour, de provocations et de larmes entre un couple d’artistes dont la passion se désagrège dès la naissance de leur enfant. Cette histoire dans laquelle un humoriste de stand up (Adam Driver) retourne le rire contre lui et contre sa femme ( Marion Cotillard), cantatrice au sommet de sa gloire, Leos Carax a longtemps hésité à accepter d’en faire un film pour des raisons toutes personnelles. L’actrice russe Katerina Golubeva, qui partageait sa vie, était décédée peu de temps auparavant, et Leos Carax craignait que l’histoire d’Annette puisse troubler sa fille de 9 ans. « Est-ce que je pouvais vraiment faire un film sur un si mauvais père, à ce moment-là de ma vie ?, demande-t-il dans le dossier de presse. Mais comme j’écoutais les chansons en boucle, ma fille a fini par les aimer autant que moi et à me poser des questions… » Annette lui est dédiée et on comprend mieux pourquoi on les voit se serrer l’un contre l’autre à la fin de la chanson So May We Start qui fait la très belle ouverture du film.

Un « mauvais père » acceptable

Au-delà de la noirceur du film, toute la gageure pour Leos Carax consistait donc à rendre ce « si mauvais père » acceptable. « Comment créer un Henry qui, malgré tout me serait proche ? » Sans doute en trouvant des similitudes avec les héros de ses précédents films. Le « physique extraordinaire » d’Adam Driver rappelle celui de Guillaume Depardieu dans Pola X. L’acteur américain maîtrise également l’art du mime avec le même talent que Denis Lavant dans Boy meets girl et dans Mauvais sang, ce qui vaut à Annette de mémorables scènes de… chatouilles ! Et les yeux se régalent du long travelling en duo entre Adam Driver et Marion Cotillard sur une moto lancée comme un cheval au galop, autre motif familier emprunté à Mauvais sang… Enfin, un mot sur le personnage de Ann, proche des précédentes héroïnes de Leos Carax pour sa beauté évanescente. « Marion Cotillard a la grâce et le mystère d’une actrice du muet », s’exclame Leos Carax. Il disait déjà la même chose de Mireille Perrier pour Boys meets girl puis de Juliette Binoche pour ses films suivants. C’est cette familiarité-là qui rend l’intrigue bien moins cynique qu’il n’y paraît et nettement plus « acceptable ».