« Dernier Soleil » : Les plateformes VOD s’emballent pour ce film à 30.000 euros de budget

SUCCESS STORY Avec son film « Dernier Soleil », tourné en deux semaines et avec très peu de moyens, le réalisateur strasbourgeois Etienne Constantinesco a séduit une dizaine des plus grandes plateformes VOD

Gilles Varela

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Etienne Constantinesco sur le tournage de Dernier Soleil
Etienne Constantinesco sur le tournage de Dernier Soleil — Dernier Soleil
  • Dernier Soleil d’Etienne Constantinesco sort ce jeudi sur les plateformes VOD.
  • Produit sur les fonds propres du réalisateur strasbourgeois mais aussi grâce au crowdfunding, ce film a été tourné en deux semaines avec un casting amateur.
  • Destiné aux salles de cinéma d’auteur et aux festivals, Dernier Soleil a été privé des salles obscures. Ce coup du sort a conduit le film sur les plateformes de VOD et lui donne la possibilité d’avoir une plus grande visibilité.

Dernier Soleil fait sortir de l’ombre Etienne Constantinesco. Le réalisateur strasbourgeois a réussi à distribuer via My Digital Company son film sur une dizaine des plus grandes plateformes VOD : Amazon Prime Vidéo, Canal+, CVS, Google Play, Orange, Rakuten TV pour ne citer qu’elles. Pourtant ce n’était pas gagné après des années difficiles pendant lesquelles il a enchaîné les films non aboutis, les essais, les expériences et des courts métrages comme The Trap. Son premier long métrage Coline (Les amis de mes amis), sorti en 2007 principalement sur Internet, lui a pourtant permis de se faire remarquer et d’obtenir une petite, mais prometteuse reconnaissance des critiques.

Affiche du film Dernier Soleil d'Etienne Constantinesco
Affiche du film Dernier Soleil d'Etienne Constantinesco - Dernier Soleil

Ce presque quadragénaire a toujours eu une caméra en main, un stylo pour écrire et s’est nourri de la pub, son métier par intermittence. Réalisateur, producteur, scénariste, mais aussi enseignant en cinéma et en audiovisuel à Aix-en-Provence, l’homme-orchestre a su s’entourer pour produire un cinéma poignant, direct, engagé, qui claque et interroge. Déchiré entre film à suspense, fiction et documentaire social.

Un casting 100 % amateur avec « des ouvriers, des rappeurs ou des gitans »

Comme souvent, il a fait appel à ses amis qui participent depuis longtemps à ses projets. Mais aussi « casté » des gens dans la rue. Un casting non-professionnel et 100 % « made in Strasbourg » ville dont il est originaire. Avec « des gens qu’on ne voit jamais au cinéma de cette façon, assure le réalisateur. Des ouvriers, des toxicomanes, des rappeurs, des gitans, des ex-taulards. » Tous originaires de Strasbourg ou des alentours, parfois avec une petite notoriété comme le personnage principal du film incarné par Eric Sobkow, plus connu sous le nom de l'Alsachien, un ami d’Etienne Constantinesco. De quoi donner de la vérité aux personnages et livrer un autre regard sur notre société. Comme finalement un miroir de son cinéma, tourné sans agrément, sans argent (ou presque), sans visa d’exploitation… En marge du circuit, ce qui est « parfois mal perçu par certains professionnels », souligne le réalisateur.

Sauvage, il l’est même dans ses finances. Les 15.000 euros sortis de sa poche ne suffisant pas pour assurer la postproduction, il a fait appel au crowdfunding et complété la somme nécessaire, soit un budget total de 30.000 euros, autant dire pas grand-chose pour un long métrage.

Cinéma expérimental parfois, totalement hors système, le film a été tourné en deux semaines, avec une équipe technique réduite à cinq personnes, parfois avec du matériel prêté par Pleine Image. Des scènes tournées souvent sans autorisation mais « dans la légalité et en faisant toujours attention à ne blesser personne », précise Etienne Constantinesco. « Et quand cela était nécessaire, par exemple pour la scène d’un braquage, on a demandé l’autorisation au maire de la commune où l’on tournait pour tirer des balles à blanc et que la police soit prévenue. »

Si à l’origine il destinait Dernier Soleil aux festivals et aux salles qui présentent des films d’auteur, c’est la crise du coronavirus qui a failli éteindre les projecteurs avant l’heure en le privant des salles obscures. Ce fut en réalité un sacré coup de pouce, ou  un coup du destin. Un brin visionnaire, et surtout très déterminé, il a rapidement contacté les plateformes VOD qui ont dans la foulée saisie l’occasion d’avoir ce type de contenu. Un accord de distribution digitale a ainsi été signé avec My Digital Company. De quoi assurer une bien meilleure visibilité pour Dernier Soleil qui brillera sur de nombreuses plateformes VOD dès ce jeudi.