« Gagarine » : Comment Youri transforme une cité d'Ivry en vaisseau spatial

DANS LES ETOILES Deux jeunes réalisateurs, Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, mêlent le documentaire au conte onirique dans « Gagarine » au cinéma ce mercredi

Caroline Vié

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Alsény Bathily dans «Gagarine» de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
Alsény Bathily dans «Gagarine» de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh — Haut et Court
  • « Gagarine » montre une vision positive de la vie dans une cité de la région parisienne.
  • Ce film auréolé du Label Cannes raconte comment un jeune homme s’invente un univers alternatif pour ne pas souffrir de la destruction de la barre d’immeubles où il a grandi.
  • Fanny Liatard et Jérémy Trouilh livrent une œuvre poétique aux images magnifiques.

Banlieue et cité peuvent rimer avec solidarité. Gagarine de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, présenté sous le  Label Cannes 2020, défend ce point de vue avec une belle énergie. L’action se passe en 2015 alors que la cité Gagarine d’Ivry va être détruite. Youri (Alsény Bathily, débutant talentueux) refuse de voir disparaître le lieu qui l‘a vu grandir.

Même son amour naissant pour une jeune femme incarnée par Lyna Khoudri (césarisée l’an passé pour Papicha de Mounia Meddour) ne suffit pas à l’éloigner de son obsession : sauver, avec l’aide de ses voisins, la barre d’immeuble qui constitue son univers depuis l’enfance.

L’imaginaire contre la réalité

« C’est le lieu qui nous a inspiré le film, explique le duo de cinéastes à 20 Minutes. Ces immeubles nous ont fait penser à un vaisseau spatial et c’est ainsi qu’on a trouvé la base de notre fiction. » Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont signé un documentaire puis un court-métrage sur la cité Gagarine avant de développer ce « long » qui surprend par sa poésie emprunte d’une grande tendresse pour son héros.

« Youri rêve d’être astronaute et sa seule façon d’y parvenir est l’imagination », insistent les cinéastes. Le jeune homme va donc s’inventer un univers alternatif qui va lui permettre d’échapper à une réalité cruelle. Une illusion qu’il va partager avec ceux qui l’entourent et avec les spectateurs, conquis par tant de générosité.

Une chronique bienveillante

« Nous avons souhaité montrer la vie d’une cité dans ce qu’elle peut avoir de beau et de solidaire, précisent les réalisateurs. Gagarine est venu aussi de notre désir de nous démarquer d’œuvres qui dépeignent la banlieue comme un endroit où règne la violence. » Cette vision bienveillante apporte une grande douceur à une chronique entre documentaire et contée onirique dans laquelle d’anciens habitants sont venus faire un petit coucou.

Gagarine révèle les talents singuliers de ses auteurs comme celui de son comédien principal. Il est difficile de contenir son émotion devant une scène finale d’une beauté à couper le souffle. Avec Alsény Bathily, Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont gagné leur pari de faire décoller la cité Gagarine en même temps que le cœur du spectateur. On leur souhaite la brillante carrière que laisse présager ce film magnifique.