Festival d’Annecy : Michel Ocelot expose toutes les facettes de son cinéma d’animation

EXPOSITION A l'occasion du festival et jusqu'en octobre, Annecy consacre une belle exposition au travail du plus célèbre des réalisateurs français de films d'animation

Stéphane Leblanc

— 

Michel Ocelot s'expose au Festival d'Annecy — 20 Minutes

Le 60e festival d’Annecy, Michel Ocelot ne l’aurait manqué pour rien au monde, d’autant qu’une exposition lui est consacrée entre les murs du très beau château de la ville. Une vilaine chute d’une échelle, chez lui juste avant, en aura voulu autrement. Ses œuvres en tout cas sont bien là, jusqu’au 11 octobre, sous l’intitulé Michel Ocelot, artificier de l'imaginaire.

On y découvre ses premières peintures, ses storyboards et ses célèbres papiers découpés, des dentelles de pâtisseries très blanches aux silhouettes noires. Une technique inspirée des Aventures du Prince Ahmed de la pionnière allemande Lotte Reiniger (1929), sur un style très affirmé pour celui qui, paradoxalement, confie dans l’expo : « mon idéal serait de ne pas avoir de style ».

Il a réussi un blockbuster tout en restant lui-même

On y voit aussi son « premier travail officiel » pour la télévision, le canard Gédéon adapté de Benjamin Rabier, au début des années 1970, et ses princes et princesses, déjà, avec ses dragons. Jusqu’au succès surprise de Kirikou, primé au Festival d’Annecy en juin 1999. « Michel Ocelot n’a jamais rien fait dans sa vie que dessiner, animer des images, et c’est quelqu’un qui, sans le chercher, a réussi à faire un blockbuster tout en restant lui-même, explique à 20 Minutes l’ancien directeur artistique du festival Serge Bromberg, qui l’a sélectionné en 1999. Michel a réussi à rencontrer le public sans jamais transiger sur son style ou sur ses histoires. C’est ce qui fait sa force et sa personnalité. »

Les moyens accrus qui lui ont ensuite été proposés, sur Les Contes de la nuit (2011) ou Dilili à Paris (2018) par exemple, lui ont permis de passer l’ère des papiers découpés à la main à celle de l’animation en numérique. « Je n’ai pas souffert de cela, bien au contraire. Animer des images en numérique, c’est quand même moins long que de les découper à la main », plaisantait-il avec 20 Minutes lors des 50 ans du Festival d’Annecy.

Un avant et un après « Kirikou »

Plus largement dans le monde de l’animation, il y a eu incontestablement un avant et un après Kirikou. Le succès de ce film a ouvert une voie à l’ensemble d’une profession jusque-là peu reconnue, en dehors des grands studios. « A Annecy, j’ai découvert qu’il y avait d’autres cinglés comme moi qui faisaient des choses gratuites, qu’ils devaient absolument faire, sans espérer un jour pouvoir en vivre », raconte Michel Ocelot dans l’une des interviews diffusées dans l’exposition.

Mais après Kirikou, les productions indépendantes se mettent alors à fleurir en France, à un niveau jamais vu. Rien qu’en 2003, « cinq des sept dessins animés français ont fait partie des 50 films les plus vus de l’année », rappelait Le Monde en décembre 2004. Désormais, on compte en moyenne une dizaine de longs métrages produits chaque année et la plupart, de Persepolis aux Triplettes de Belleville, au début des années 2000 ou de Josep à Calamity, l’an dernier, sont des réussites.