« Billie Holiday, une affaire d’Etat »: Portrait d'une artiste antiraciste broyée par le FBI

ALL THAT JAZZ Le réalisateur Lee Daniels dresse un portrait de la chanteuse en héroïne des mouvements anti-racistes dans « Billie Holiday, une affaire d’Etat » en salle ce mercredi

Caroline Vié
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Lee Daniels dirige Andra  Day dans «Billie Holiday, une affaire d'état»
Lee Daniels dirige Andra Day dans «Billie Holiday, une affaire d'état» — Takashi Seida/ Metropolitan Film Export
  • «Billie Holiday, une affaire d’Etat» lève le voile sur un aspect peu connu de la vie de la chanteuse.
  • Elle a été persécutée par le FBI pour sa prise de position antiraciste.
  • La révélation Andra Day est éblouissante pour faire revivre cette grande dame disparue trop tôt.

Elle avait une voix d’or et un goût pour les paradis artificiels. Elle était aussi une activiste du mouvement antiraciste dès le début des années 1940. Dans Billie Holiday, une affaire d’Etat, Lee Daniels révèle un aspect peu connu de la légende du jazz persécutée par le FBI en raison de son engagement.

Sa chanson Strange Fruit, évoquant les lynchages dans le Sud des Etats-Unis n’était guère du goût du gouvernement. Le refus de Billie Holiday (1915-1959) de la retirer de son répertoire a coûté cher à la star comme le révèle ce film puissant qui a valu une nomination à l’Oscar à Andra Day , elle-même une chanteuse talentueuse, qui fait ses débuts comme actrice dans le rôle principal.

A l’heure du « Black Lives Mater »

« Rendre justice à Billie Holiday me semble plus que jamais d’actualité à l’heure du mouvement Black Lives Matter, explique Lee Daniels à 20 Minutes. Il y a encore des combats à mener aux Etats-Unis, mais je crois que le racisme est toujours un sujet important dans le monde entier. »

Le réalisateur du Majordome, également créateur de la série Empire, centre son récit sur la lutte inégale entre la star et l’agent fédéral Henry Hanslinger, rendu encore plus détestable par l’excellente performance de Garrett Hedlund.

Soulager son mal de vivre

Piégée par un agent infiltré (Trevante Rhodes) qui tombe sous son charme, l’héroïne fragile et victime de ses addictions domine le film par son charisme. « C’était une personnalité complexe qui a sombré dans la drogue pour soulager son mal de vivre, insiste Lee Daniels. Je peux comprendre ce qu’elle ressentait. »

Par-delà le brûlot militant, Billie Holiday, une affaire d’État lève le voile sur la psychologie de l’artiste ce qui rend l’ensemble particulièrement touchant. La façon dont le FBI prend pour prétexte sa dépendance pour la broyer fend le cœur du spectateur.

La voix de Billie

Cette œuvre évoque la ségrégation et les choix artistiques qu’elle implique quand la chanteuse ne peut bénéficier des mêmes droits que ses partenaires blancs. « Ce que Billie Holiday a subi en termes de discriminations et de persécutions ne me semble pas étranger à sa fin prématurée », insiste Lee Daniels. Il y a là matière à réflexion mais cela ne doit pas faire oublier sa voix électrisante. »

L’actrice Andra Day et le cinéaste ont trouvé l’équilibre parfait entre les prestations de la star et sa vie privée pour brosser le portrait d’une femme blessée dont le génie a été fini par être balayé par l’intolérance et le racisme.

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