« Slalom » : La descente aux enfers d’une jeune skieuse harcelée par son coach

METOO Dans « Slalom » qui sort en salle ce mercredi, les coulisses du ski sont passées au crible de Charlène Favier, jeune et talentueuse réalisatrice qui a puisé dans son vécu

Caroline Vié

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Noée Abita dans  «Slalom» de Charlène Favier
Noée Abita dans «Slalom» de Charlène Favier — Jour2fête
  • « Slalom » analyse les rapports d’une jeune skieuse de haut niveau avec son entraîneur.
  • Noée Abita et Jérémie Renier sont épatants dans ce premier film réussi et couvert de prix.
  • Cette œuvre librement inspirée de la vie de la réalisatrice est militante, mais pas manichéenne.

On s’en doute, le sport de haut niveau demande des sacrifices. Mais dans Slalom de Charlène Favier, Lyz, 15 ans (fabuleuse Noée Abita), doit en consentir beaucoup pour réussir en classe de ski étude. Et son coach ( Jérémie Renier, épatant de charme vénéneux) en veut plus, toujours plus et bientôt trop.

La jeune actrice, découverte dans Ava de Léa Mysius, et le comédien aguerri, récemment admiré dans L'Ordre des médecins de David Roux, forment un couple de cinéma fascinant pour dénoncer le harcèlement dans le monde du sport en général et du ski en particulier.

Autobio mais pas trop

La réalisatrice a puisé dans sa propre expérience de sportive pour Slalom : elle a pratiqué le ski à haut niveau jusqu’à ses 15 ans. Elle se défend d’avoir signé une œuvre autobiographique. « J’ai connu cette relation entre entraîneur et entraînée, confie-t-elle à 20 Minutes. J’ai pu aussi connaître l’abus et l’emprise dans ma propre vie et pas seulement dans le monde du sport. » Son film aborde ces sujets de façon militante pour dénoncer les dérapages, mais elle ne tombe jamais dans le manichéisme tant ses personnages se révèlent complexes.

Le son, c’est bon

« Je voulais être au plus près de Lyz quelles que soient les expériences qu’elle vit, insiste Charlène Favier. J’ai vraiment tenté de montrer les choses de son point de vue. » Les montagnes, présence écrasante, dominent l’héroïne qui lutte pour reprendre le contrôle de sa vie alors qu’elle glisse à toute vitesse sur des pentes enneigées. La bande-son très travaillée permet aussi de ressentir l’étouffement de la jeune femme, ses battements de cœur, son environnement, de quoi rendre son angoisse palpable pour un spectateur qui prend d’autant plus son parti.

La persévérance récompensée

Charlène Favier a eu bien du mal à financer son film. « Quand j’ai écrit le scénario en 2015, les producteurs se montraient très frileux, car le sujet faisait peur. L’avènement de #MeToo a changé la donne », se souvient-elle. Des longs-métrages comme Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Eric Métayer ont aidé à libérer une parole qui permet aux victimes de pouvoir partager leur douleur.

Slalom plonge dans le monde du ski, mais parle surtout de résilience, un thème si universel et si bien traité que le film collectionne les récompenses méritées comme le label Cannes 2020, le Lumière de la révélation féminine de l’année pour Noée Abita et le prix d’Ornano-Valenti de Deauville.