Déconfinement: Les distributeurs peinent encore à s'accorder sur un calendrier des sorties

PAS ENCORE EN SALLE Les distributeurs des quelque 400 films en attente essayent de trouver de la place dans les salles dès le 19 mai

Caroline Vié
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Une salle de cinéma (illustration)
Une salle de cinéma (illustration) — FREDERIC SCHEIBER / 20 MINUTES
  • Pour les distributeurs, sortir leurs films est vital après des semaines de fermeture des salles.
  • Les majors comme les distributeurs indépendants tentent de tirer leur épingle du jeu, chacun de leur côté, sans parvenir à trouver un accord dans un planning surchargé.

Trente-six films prévus dans les salles pour le 19 mai sur 400 longs-métrages dans les prochaines semaines… ça en fait encore plus de 360 à programmer. Le 5 mai, le CNC a vainement tenté de réunir les distributeurs autour d’une table afin qu'ils puissent se concerter sur un calendrier des sorties. L'enjeu : que tout le monde trouve sa place au moment de se partager les salles, afin que les blockbusters ne raflent pas tous les écrans au détriment des indépendants. C’était une belle idée mais beaucoup de distributeurs importants (Disney, Warner, Universal, Pathé, UGC pour n’en citer que quelques-uns) n’ont pas répondu présents à l’invitation.

« Ce qui est compliqué, c’est que tous ces films ont besoin de sortir vite, explique à 20 Minutes le journaliste Nicolas Colle, spécialiste de l’exploitation et de la distribution pour Ecran total. Les professionnels tirent la langue depuis des mois et subissent une pression financière importante. Ils ont besoin de liquidité. » Un besoin parfois vital pour des sociétés mises à mal par la fermeture des salles en octobre dernier, surtout les petites qui n'ont pas les reins aussi solides que les grosses.

Négocier pas imposer

Pourquoi une telle réticence ? « Je pense que certains ont peur que le CNC leur impose un calendrier, alors qu'on ne parle que de concertation », regrette Etienne Ollagnier, coprésident du Syndicat des Distributeurs Indépendants (SDI) qui sort l’excellent Slalom de Charlène Favier le 19 mai sous la bannière de Jour2fête. Il sait déjà qu’il ne rentrera probalement pas dans ses frais, car les salles ne pourront être remplie qu’à 35 %, mais il le sort quand même « parce qu'on aura encore moins de place cet été avec l’arrivée des blockbusters. »

Ce que de nombreux distributeurs appellent de leurs vœux est pourtant simple : que le calendrier des sorties soit fixé en bonne intelligence à l'issue d'une concertation afin que chacun y trouve son compte et puisse s’organiser en amont. La crainte d'un petit distributeur, c'est d'engager des frais de promotion pour un film qui devra être déprogrammé parce qu'un blockbuster se sera placé la même semaine en leur chipant des dizaines de salles du jour au lendemain. « Il ne s’agit pas de contraindre qui que ce soit, insiste Etienne Ollagnier, mais de se mettre d’accord entre adultes responsables. »

Réguler ou pas

« Personne ne nous a jamais proposé une solution concrète et opérationnelle », estime de son côté Xavier Albert, président d’Universal France. Il ne croit pas dans la concertation quand il faut sortir Fast and Furious 9 de Justin Lin le 14 juillet en France, parce que le film sort aussi ce jour-là dans le monde entier.  Et tant pis pour les autres, s'il occupe un très grand nombre de salles: Universal a aussi des intérêts financiers à défendre. 

« Si le CNC ne prend pas les choses en mains, cela équivaut à laisser les gens faire ce qu’ils veulent ce qui n’a jamais favorisé les bons comportements, soupire Jean-Jacques Rue d’Urban Film. Je suis furieux de voir que les plus gros distributeurs assument de prendre le pouvoir d’écraser les autres sans même accepter de négocier. Ils se moquent de la diversité. » 

Garder bon espoir

Le distributeur indépendant Etienne Ollagnier se veut plus optimiste. « Nous sommes minoritaires en parts de marché, mais majoritaires en nombre. Et malgré tout, la discussion est ouverte. C’est dans l’intérêt de tout le monde de parvenir à s’entendre. »

Marc Olry de Lost Film, qui sort le film de patrimoine The Wicker Man de Robin Hardy le 19 mai, ajoute : « On est tous devenus fragiles. On a tous des enjeux quelle que soit notre taille, ce serait un bonne occasion de s’écouter les uns et les autres pour le bien de tous. Il peut y avoir de la place pour tout le monde » Une nouvelle réunion de concertation est prévue au CNC ce mercredi. La dernière avant la réouverture des salles le 19 mai ?