« Judas and the Black Messiah »: La lumière des Oscars sur le destin tragique d'un Black Panther

PALMARES Daniel Kaluuya a remporté un Oscar pour sa prestation d’activiste charismatique dans le passionnant « Judas and the Black Messiah », diffusé en avant première sur Canal+ et en VOD dès mercredi

Caroline Vié

— 

LaKeith Stanfield et Daniel Kaluuya dans «Judas and the Black Messiah» de Shaka King
LaKeith Stanfield et Daniel Kaluuya dans «Judas and the Black Messiah» de Shaka King — Warner Bros France
  • « Judas and the Black Messiah » a remporté deux Oscars dimanche dernier.
  • Daniel Kaluuya a été récompensé, tout comme la chanson du film.
  • Il faut dire que cette histoire d’agent infiltré au cœur du mouvement des Black Panthers est traitée de façon aussi instructive qu'engagée.

Deux Oscars, pas moins. C’est ce qu’a remporté Judas and the Black Messiah de Shaka King, ce dimanche soir. L'acteur Daniel Kaluuya et la chanson Fight for You de H.E.R. ont été récompensés. Diffusé en avant première sur Canal+ puis proposé en VOD dès mercredi et en DVD la semaine prochaine, le film vaut le coup d'être vu pour plusieurs raisons.

LaKeith Stanfield, surtout connu pour Sorry To Bother You, est étonnant dans le rôle principal d’un délinquant contraint d’infiltrer le mouvement des Black Panthers pour échapper à la prison. Mais les votants aux Oscars lui ont préféré son partenaire, cité dans la même catégorie que lui. Il faut dire que Daniel Kaluuya (vu en héros persécuté dans Get Out de Jordan Peele) est éblouissant dans la peau de Fred Hampton, leader charismatique décédé en 1969 à l’âge de 21 ans. Il n’est pourtant pas le seul atout de ce deuxième long-métrage passionnant du réalisateur de Newlyweeds (2013).

Un titre parlant

Le titre du film fait bien évidemment référence au traître Judas. Le personnage d’un homme pris dans un engrenage et dévoré par la culpabilité après avoir été contraint de se retourner contre sa propre communauté. « Je ne souhaitais pas faire un biopic traditionnel, explique Shaka King dans le dossier de presse. Un thriller autour d’un personnage infiltré me semblait plus intéressant. » Le « Messie » évoqué dans le titre était le surnom que J. Edagr Hoover, le patron du FBI, donnait aux activistes qu’il estimait dangereux.

Racisme et politique

Le film prend la forme d’un thriller historique pour commémorer un activiste méconnu en France. Un peu comme l’avait fait Spike Lee pour BlacKkKlansmann, le réalisateur maintient le spectateur en haleine pour délivrer un message antiraciste toujours bienvenu aujourd’hui. La politique et le suspense font bon ménage tandis qu’il nous replonge dans les années 1960. A l’heure où le mouvement Black Lives Matter prend une ampleur inégalée, c’est une bonne chose de revenir sur un passé douloureux pour qu’il ne se reproduise plus.

Une bonne leçon

Fred Hampton est une personnalité attachante qui aurait sans doute mené une carrière politique prestigieuse. « Il a été assassiné avant même qu’on puisse prendre la mesure de l’impact qu’il allait avoir sur la communauté, soupire Daniel Kaluuya. On ne se souvient que des images et de la rhétorique véhiculées par les agences fédérales pour terroriser les gens et précipiter la chute des Black Panther. » Judas and the Black Messiah n’essaie pas d’attraper les spectateurs avec du vinaigre pour leur donner une bonne leçon d’Histoire. Ce film militant est, avant tout, un divertissement palpitant.