Oscars 2021: Six ans après #OscarsSoWhite, une année record pour la diversité ?

CEREMONIE L’Académie a renouvelé ses membres et compte désormais 33 % de femmes et 19 % de membres issus des minorités sous-représentées

20 Minutes avec AFP

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Atmosphère lors de la préparation de la 92e cérémonie des Oscars
Atmosphère lors de la préparation de la 92e cérémonie des Oscars — Avalon / Starface

Chadwick Boseman, Viola Davis, Daniel Kaluuya, Yuh-Jung Youn pour les meilleurs acteurs et actrices, mais aussi et surtout Chloé Zhao, favorite pour l’Oscar du meilleur réalisateur avec Nomadland. Les Oscars battent cette année des records de diversité, et tant mieux. Si la pandémie a bouleversé les plans de Hollywood, le vrai facteur de ce changement est la réforme engagée par l’Académie des Oscars pour élargir le recrutement de ses membres et faire en sorte qu’ils reflètent davantage la société.

Six ans après la campagne #OscarsSoWhite

« Je pense que ces Oscars resteront dans les mémoires comme ceux où les changements introduits voici six ans, dans la foulée de #OscarsSoWhite, ont tenu promesse », se réjouit l’acteur noir américain Dwayne Barnes (Menace II Society), dans un éditorial sur le site spécialisé Deadline. Le défunt Chadwick Boseman et Viola Davis pour Le Blues de Ma Rainey, Daniel Kaluuya pour Judas & The Black Messiah et la Sud-Coréenne Yuh-Jung Youn pour Minari ont tous et toutes de bonnes chances de l’emporter dimanche chez les acteurs et actrices. Quant à Chloé Zhao, née en Chine, son film Nomadland part favori dans la course aux statuettes.

La campagne #OscarsSoWhite avait été lancée en janvier 2015 sur les réseaux sociaux pour dénoncer l’écrasante majorité de candidats blancs récompensés cette année-là par une Académie essentiellement composée d’hommes anglo-saxons âgés. Sous pression, l’Académie avait en effet reconnu en 2016 que ses 6.000 membres de l’époque étaient à 93 % blancs et à 76 % des hommes, avec un âge médian de 63 ans. Elle avait annoncé dans la foulée un doublement des femmes et de membres issus de minorités ethniques d’ici 2020 pour insuffler du sang neuf dans ses effectifs.

33 % de femmes et 19 % de membres issus des minorités

Le pari a été tenu l’été dernier, et les professionnels votant pour les Oscars comptent désormais environ 33 % de femmes et 19 % de membres issus des minorités sous-représentées. « Il aura fallu quelques années pour que ça prenne mais il y a toutes les raisons d’espérer que ce changement n’est pas un aléa », écrit Dwayne Barnes.

Après #OscarsSoWhite ont suivi les mouvements exigeant la reconnaissance des femmes dans tous les métiers du cinéma, devant et derrière la caméra, impulsés par les révélations de l’affaire Weinstein. « Tout ça a vraiment secoué le cocotier. Et cette année pour la première fois, parce que le Covid-19 a repoussé le calendrier des grosses productions, ça a laissé le champ libre à d’autres films, analyse Sasha Stone, fondatrice du site Awards Daily qui scrute les prix cinématographiques depuis 1999 et fait référence à Hollywood. Or, il se trouve que beaucoup de ces films étaient faits par des cinéastes de couleur et des femmes. »

Pour Darnell Hunt, sociologue spécialisé dans la représentation des minorités dans les médias à l’université UCLA de Los Angeles, les fulgurants progrès réalisés par l’Académie ne seront sans doute pas aussi spectaculaires dans les années à venir mais il n’imagine pas que ça puisse redevenir comme avant : « Tout va dans la bonne direction, l’Académie continue à être plus diverse et a introduit pour la catégorie du meilleur long-métrage de nouveaux critères » qui devraient renforcer dès 2022 la présence des minorités ethniques, des femmes et des personnes LGBT, à la fois devant et derrière l’écran.

Les Oscars, la « salade » de McHollywood

Cela sera-t-il suffisant pour faire changer Hollywood dans son ensemble ? Sasha Stone l’espère mais relève que « les prix cinématographiques sont aujourd’hui vraiment déconnectés du box-office, ils sont devenus une niche ». Or l’industrie du cinéma cherche selon elle avant tout à « faire de l’argent ». « Si les réalisateurs masculins rapportent davantage, ils continueront à être engagés. Et si les acteurs blancs génèrent plus d’argent, ils continueront à être engagés », dit-elle.

Hollywood « veut gagner de l’argent mais veut aussi avoir une bonne image et les Oscars les aident pour ça. C’est comme McDonald’s : ils vendent des Big Macs dans le monde entier mais ils ont cette salade qui donne l’impression qu’ils se soucient de la santé. C’est ce que les Oscars sont pour Hollywood : la salade ».