César 2021 : Le film d'animation « Josep », qui croule sous les trophées, a failli ne jamais voir le jour

ANIMATION La première réalisation du dessinateur Aurel est nommée ce vendredi dans la catégorie Meilleur long-métrage d’animation aux César 2021, dont la cérémonie se tient ce vendredi

Nicolas Bonzom

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Extrait de Josep
Extrait de Josep — Les Films d'ici Méditerranée
  • La liste des récompenses obtenues par « Josep » pourrait s’allonger, ce vendredi. Le film, réalisé par le dessinateur Aurel, est nommé aux César.
  • Ce film raconte le destin bouleversant de l’artiste espagnol Josep Bartoli, qui a fui l’Espagne de Franco, avant d’être accueilli dans des camps infâmes en France.
  • Monter ce projet n’a pas été de tout repos, il a bien failli ne jamais voir le jour.

Josep est l’un des films les plus primés, ces dernières années. Et si les étagères d’Aurel supportent encore le poids des récompenses, « les affiches, elles, commencent à être garnies de logos ! », sourit le dessinateur montpelliérain. Son film d’animation, qui croque l’extraordinaire destin de l’artiste Josep Bartoli, à qui l’acteur Sergi Lopez prête sa voix, croule sous les trophées : sélectionné au dernier festival de Cannes, il a reçu des prix des festivals d’Annecy, d’Athènes ou de Guadalajara, et, entre autres honneurs, le prix Louis-Delluc, le « Goncourt du cinéma », l’a sacré Meilleur premier film.

La liste des distinctions pourrait encore s’allonger, ce vendredi soir : Josep est nommé aux César 2021, dans la catégorie Meilleur long-métrage d’animation. « Tout cela fait très chaud au cœur, confie Aurel, dont les dessins font, depuis des années, le bonheur des lecteurs du Monde ou du Canard enchaîné. On n’aurait jamais cru qu’on en arriverait là lorsque, juste avant de lancer la fabrication du film, nous étions presque à deux doigts d’abandonner, parce qu’on ne trouvait pas les moyens de le faire. Mais toutes les embûches que nous avons rencontrées, pendant ces années, nous ont permis de nous concentrer sur la substantifique moelle de ce qu’on voulait raconter. »

Extrait de Josep
Extrait de Josep - Les Films d'ici Méditerranée

« On y a cru »

Il est vrai que ce film d’animation « pour adultes », au dessin minimaliste, et qui raconte le sort, peu connu, d’un artiste fuyant l’Espagne de Franco avant de renaître de l’autre côté de l’Atlantique, n’avait rien d’ordinaire, pour ceux qui ont reçu le synopsis. Mais, « tandis que les portes se fermaient une à une », la détermination du réalisateur montpelliérain, et de son producteur ont finalement eu raison de ces a priori.

« Il fallait réunir plus de 2,6 millions [d’euros], et ce n’est simple, sur un dessinateur méconnu, sur un réalisateur dont c’est le premier film, une structure de production qui est basée en région, et un sujet qui est loin d’être une comédie populaire, se souvient Serge Lalou, producteur du film avec sa société Les films d’ici Méditerranée, et enseignant-chercheur à l’université Paul-Valéry. Il y a des moments où s’est demandé si ce n’était pas plus simple de faire un bouquin. » Mais, poursuit Aurel, « on y a cru. Le film n’aurait pas été possible sans l’immense aide de la région Occitanie, qui fut son premier financeur très important. Sans eux, le film ne se faisait pas. »

« Ils ont reconnu leur propre histoire »

Et si cette histoire, scénarisée par Jean-Louis Milési, a pris vie, c’est parce que La Retirada, le livre de Georges Bartoli, le neveu de Joseph, a tapé dans l’œil d’Aurel. « Quand j’ai découvert cette histoire, je l’ai trouvée fascinante, et j’ai eu envie de travailler dessus », confie-t-il. Celle du sort d’un réfugié espagnol, parqué en France, en 1939, dans des camps infâmes, qui va croiser le chemin d’un gendarme, avec qui il se lie d’amitié. C’est ce militaire pas comme les autres, porté par la voix du comédien Gérard Hernandez, qui joue les narrateurs de cette histoire poignante, des décennies plus tard, auprès de son petit-fils. Le destin de Joseph Bartoli le mènera au Mexique, où il tombera éperdument amoureux de Frida Kahlo, avant que son art ne soit reconnu à New York.

« Les plus beaux retours que j’ai eus sur le film, ce sont ceux de personnes qui ont vécu les camps, lorsqu’ils étaient enfants, reprend Aurel. Ils ont tous été très émus, et certains m’ont dit "Heureusement que ce sont des dessins". Ils ont reconnu leur propre histoire, sans doute parce qu’ils pouvaient projeter ce qu’ils voulaient sur le dessin. Ils n’auraient peut-être pas pu se reconnaître de la même façon, dans des prises de vues réelles. »