« Caïd » sur Netflix : Film d’horreur, comédie ado, guerre des gangs… Peut-on tout raconter en « found footage » ?

POV La série française « Caïd » offre une plongée dans une guerre des gangs en banlieue caméra au poing, un dispositif nommé « found footage » et bien connu des fans d’horreur

Vincent Julé
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La série «Caïd» se sert du «found footage» pour raconter une guerre des gangs avec plus d'immersion et de tension
La série «Caïd» se sert du «found footage» pour raconter une guerre des gangs avec plus d'immersion et de tension — Netflix
  • Caïd, série française 10 x 10 minutes, est disponible depuis mercredi sur Netflix
  • La série utilise le procédé du found footage pour plus d’immersion et de tension
  • Si le found footage est surtout répandu dans le cinéma d’horreur, tous les genres s’y sont essayé, avec plus ou moins de réussite

Disponible mercredi, Caïd d’Ange Basterga et Nicolas Lopez, coécrit avec Nicolas Peufaillit, est la nouvelle série française de Netflix, une série au format original de 10 x 10 minutes. Mais ce n’est pas la seule particularité de cette histoire de guerre des gangs, puisqu’elle est racontée entièrement en found footage. En quoi ? Littéralement « film retrouvé », ce dispositif de mise en scène présente le film ou la série comme un enregistrement vidéo authentique et épouse le point de vue de celui ou de ce qui filme, que ce soit une équipe de télé, un caméscope familial, un téléphone portable, des caméras de surveillance, ou même un écran d'ordinateur.

« Tu coupes jamais, on filme un maximum d’images »

Dans Caïd, un réalisateur et son chef opérateur sont envoyés par un label de musique filmer le quotidien d’un nouveau rappeur, ancien dealeur, pour un clip. « Tu coupes jamais, on filme un maximum de choses, un maximum d’images. » Même lorsqu’un scooter débarque et canarde dans le tas à la mitraillette. Le found footage est utilisé et apprécié, comme ici, car il impose un réalisme de fait et place le spectateur au cœur de l’action… ou de l’horreur.

En effet, le cinéma d’horreur s’est très tôt approprié le procédé - l’effet tour de train de fantôme - avec le précurseur Cannibal Holocaust en 1980 puis les jalons The Blair Witch Project, Paranormal Activity et REC. Il devient dès lors un sous-genre à part entière, et toutes les figures y passent : zombies (Diary of the Dead), exorcisme (The Devil Inside), secte (The Sacrament), serial killer (Creep), extraterrestre (Hangar 10), bigfoot ou troll (Willow Creek, Trollhunter), et même dinosaure (The Dinosaur Project).

SF, super-héros, comédie… tous les genres y passent

Le succès est tel à la fin des années 2000, et le potentiel toujours bien là, que d’autres genres s’y essaient, de la science-fiction (District 9, Europa Report) aux super-héros (Chronicle) en passant par le polar (End of Watch) et même la comédie (Projet X). Le found footage se démocratise, jusqu’à Hollywood (J.J. Abrams est derrière Cloverfield), et jusqu’en France (Babysitting de la bande à Philippe Lacheau). Rien ne semble pouvoir lui échapper : la parodie (Ghost Bastards - Putain de fantôme), le film catastrophe (Into the storm), l’aventure familiale (Echo), les grands cinéastes (De Palma avec Redacted, Shyamalan avec The Visit)… Les Français relèvent même le défi de la comédie romantique et générationnelle en found footage avec Play avec Max Boubil.

Do you suspension de l’incrédulité ?

C’était en 2020, et si les projets se font plus rares, le cinéma et la télé ne veulent pas lâcher la caméra, la preuve avec la série Caïd. Pourtant, c’est ce que certains spectateurs et spectatrices reprochent au concept : mais lâche cette satanée caméra ! Le found footage est en effet acquis à la fameuse suspension consentie de l'incrédulité, mais pose la question de qui filme, qui monte, et même qui montre. Cannibal Holocaust met en scène par exemple la découverte de pellicules retrouvées dans la jungle. Cloverfield est présenté comme un enregistrement personnel, devenu document secret-défense, même s’il obéit aux lois du blockbuster hollywoodien. Dans Play, Max Boubil retrouve de vieilles cassettes vidéo et lance le film de sa vie, avec, bien sûr, toujours la bonne coupe au bon moment.

Oh le vilain documenteur, on y a cru

« On a beaucoup travaillé au découpage technique pour justifier chaque plan. Là, ce fut un vrai défi, explique Nicolas Lopez, coréalisateur de Caïd, à Première. C’est même très frustrant à certains moments le found footage. Parce qu’on aurait envie de faire de beaux cadres, ici et là. Mais on ne peut pas… On ne peut pas faire tout ce qu’on veut. Même si j’avoue que, des fois, on s’est un peu lâché. À partir du moment où le spectateur est rentré dans l’histoire, on peut se permettre de se sortir un peu du cadre. »

Les « meilleurs » found footage sont ainsi souvent des documenteurs, à l’instar de Catfish, l’histoire d’un jeune qui part à la rencontre de son crush Facebook, dont les auteurs soutiennent dix ans après que si, si, tout est vrai. Dans le même esprit, citons Forgotten Silver et son génie de cinéma oublié, et pour cause, il n’a jamais existé, mais les téléspectateurs y ont cru et en ont voulu au réalisateur Peter Jackson. Bob Roberts de Tim Robbins, This Spinal Tap de Rob Reiner, les Borat et Brüno de Sacha Baron Cohen sont d’autres documenteurs, sans oublier C’est arrivé près de chez vous avec Benoît Poelvoorde, mais aussi la série The Office, et même le film d’animation Les Rois de la glisse sur des pingouins surfeurs. On est arrivé au bout du concept là, non ?