« Le Serment »: « Il va falloir prendre du recul avant de pouvoir raconter ce que nous vivons », estime Thomas Lilti

INTERVIEW Thomas Lilti, réalisateur de « Hippocrate » le film et la série, évoque son retour à l’hôpital en tant que médecin dans l’excellent livre « Le Serment » paru chez Grasset

Caroline Vié

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Rencontre avec Thomas Lilti, cinéaste toujours médecin — 20 Minutes
  • Thomas Lilti s’est fait connaître comme cinéaste avec « Médecin de campagne », « Hippocrate » et « Première année ».
  • Avant de devenir réalisateur, il avait obtenu son diplôme de médecin.
  • En mars dernier, il est revenu aider à l’hôpital pendant quatre semaines.
  • Cela lui a inspiré "Le Serment", récit où il évoque le lien entre ses deux métiers.

A l’hôpital comme sur un plateau. On lui doit Hippocrate (le film), Hippocrate (la série), Médecin de campagne (avec François Cluzet) et Première année, fictions passionnantes inspirées d’un monde médical qu’il connaît bien en tant qu’ancien médecin. Dans Le Serment, récit publié chez Grasset, Thomas Lilti raconte comment, en tournage à l’hôpital, il a choisi de rendosser sa blouse au début du premier confinement. Mais Thomas Litli ne parle pas que de cela dans un livre aussi palpitant que bouleversant. Par-delà cette expérience, c’est sa légitimité en tant que médecin et réalisateur qu’il interroge, un questionnement sur sa place dans la société qui permet au lecteur de réfléchir à la sienne. Alors qu’il est en plein montage de la saison 2 d’Hippocrate (diffusée sur Canal+ en mars), il revient sur ces questions pour 20 Minutes.

Aujourd’hui, êtes-vous plutôt médecin ou cinéaste ?

Je crois que j’ai fini par accepter d’être les deux. L’expérience au début de la pandémie m’a permis de faire le lien. Mais le Conseil de l’Ordre a estimé que je n’avais pas le droit de rendre service à l’hôpital car je n’avais pas pratiqué la médecine depuis dix ans. Je n’ai pu rester que quatre semaines. J’ai trouvé cela paradoxal par rapport à la crise qu’on traversait où toutes les bonnes volontés pouvaient sembler bienvenues. D’autant plus que j’étais bien évidemment encadré par des médecins en exercice. J’ai rencontré le Conseil de l’Ordre après le confinement afin d’essayer de trouver des solutions pour la prochaine fois. Il n’y en a pas. Si on revenait à la même situation, je ne pourrai pas retourner aider à l’hôpital. Je ne rentre dans aucune case.

Aviez-vous imaginé qu’une pandémie comme le Covid pourrait un jour arriver ?

Personne ne pouvait se figurer cela. On m’avait taquiné quand j’ai parlé de médecins mis en quarantaine dans la première saison d’Hippocrate. On me disait alors que c’était impossible. Et là, c’est la population mondiale qui a été confinée, une situation inédite qui dépasse la fiction et qu’on a tous acceptée. On ne pouvait pas anticiper cela, ni ce qui se passe un an après le confinement. C’est très anxiogène, notamment chez les jeunes pour qui il est difficile d’envisager l’avenir.

Cela vous donne-t-il l’idée d’évoquer le Covid-19 dans vos prochains films ?

Il me semble impossible d’en faire totalement abstraction dans une éventuelle nouvelle saison d’Hippocrate. Et il me semble un peu tôt pour envisager un film sur ce sujet. Le fait que je sois médecin me rend cartésien. Et là, on dépasse la raison. Il va falloir prendre du recul avant de pouvoir raconter ce que nous vivons. Ou alors, faisons-le, mais sous la forme d’un cinéma de genre ouvert à l’imagination.

Traiterez-vous un jour d’autre chose que la médecine dans vos œuvres ?

Filmer la jeunesse au travail me passionne et je parle de ce que je connais. Si j’avais fait des études de commerce, j’aurais sans doute fait des films sur ce sujet. Cela n’est pas indispensable d’avoir vécu les choses pour les raconter, mais cela me nourrit. Je pense aussi à explorer d’autres thèmes, mais je me sens légitime quand je décris le milieu médical.