Mort de Jean-Pierre Bacri : « Un air de famille », « Didier », « Le Sens de la fête »… Les rôles qui lui ont valu son image de grincheux au cœur tendre

DISPARITION Jean-Pierre Bacri, décédé ce lundi, s’est construit au fil de sa carrière une image de râleur profondément humain

Anne Demoulin

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Jean-Pierre Bacri dans « Un air de famille ».
Jean-Pierre Bacri dans « Un air de famille ». — Bac Films

L’éternel bougon du cinéma français s’en est allé. L’acteur, dramaturge et scénariste Jean-Pierre Bacri est décédé ce lundi des suites d’un cancer à l’âge de 69 ans, a confirmé son agente Anne Alvares-Correa à 20 Minutes. Au cours de sa fructueuse collaboration avec sa comparse de toujours Agnès Jaoui (une flopée de succès et de récompenses et deux longs-métrages avec Alain Resnais), le comédien s’est construit une image de grincheux au cœur tendre au travers des rôles d’antihéros râleurs et désabusés mais profondément humains. Au travers de quels rôles s’est-il construit cette image ?

La petite frappe du « Grand Pardon » en 1982

L’une des premières fois où Jean-Pierre Bacri apparaît sur le petit écran, c’est aux côtés d’Anna Karina dans L’Eblouissement de Jean-Paul Carrère en 1979. A tout juste 28 ans, il incarne Jean-Pierre, un séducteur ténébreux. Après des apparitions au cinéma dans Le Toubib de Pierre Granier-Deferre et La Femme intégrale de Claudine Guilmain, c’est sa prestation dans Le Grand Pardon, une sorte de version française du Parrain signée Alexandre Arcady, qui le fait connaître du grand public. Aux côtés d’un Roger Hanin en mafioso impérial, ce natif d’Algérie campe Jacky Azoulay, une petite frappe émissaire du clan Bettoun, cette famille de la mafia juive pied-noir française. Chemise ouverte, chaîne en or, et tout de blanc vêtu… Il endosse en 1982 tous les attributs du macho sanguin.

Le manutentionnaire de « L’Été en pente douce » en 1989

Au départ du projet, Gérard Krawczyk avait écrit le rôle du manutentionnaire Fane en pensant à Coluche. Finalement, dans la chaleur caniculaire de L’Eté en pente douce, Jean-Pierre Bacri va tenir son premier rôle de râleur au cœur tendre, aux côtés d’un Jacques Villeret invraisemblable de justesse dans la peau d’un débile léger, et d’une Pauline Laffont, touchante dans son rôle de belle écervelée. Dans ce film, son personnage, lassé d’entendre tous les soirs son voisin du dessus battre sa compagne, va monter et descendre avec la belle Lilas, qu’il se met à aimer. Fane, Lilas et Mo, le frère de Fane handicapé mental, vont s’installer dans une petite maison héritée de sa mère, dans un village hostile du Sud-Ouest.

Le mari largué d’« Un air de Famille »

Dans les années 1990, il s’impose sur le devant de la scène cinématographique avec une série de films qu’il coécrit avec sa compagne Agnès Jaoui. Le duo remporte respectivement les César 1994, 1997, 1998 et 2001 du meilleur scénario. En 1992, ils portent à l’écran Cuisine et dépendance, adaptation de leur pièce du même nom dans laquelle il campe un amoureux transi et rabougri méprisant les bourgeois. Leur fructueuse collaboration se poursuit avec Smoking/No Smoking (pour Alain Resnais) en 1992, Un air de famille en 1996, dans lequel il interprète un mari complètement largué, On connaît la chanson (pour Alain Resnais encore) en 1997, et Le Goût des autres en 1999 dans lequel il campe un beauf énamouré de sa prof d’anglais. Tous les rôles qu’il écrit avec Agnès Jaoui ont un air de famille, il s’est construit son personnage type : un misanthrope véhément, cynique parmi les névrosés, toujours amoureux.

Le maître de « Didier » en 1997

Une comédie fantastique culte ! En 1997, Jean-Pierre Bacri incarne un manager d’équipe de foot de mauvais poil parce qu’il est doublement dans la mouise dans le film d’Alain Chabat, Didier : côté ballon, ça ne tourne pas rond, et côté salon, Didier, le labrador qu’on vient de lui confier s’est mystérieusement métamorphosé en humain, à qui il doit expliquer avec tact qu’« on ne sent pas le cul » des gens.

Le wedding planner du « Sens de la fête » en 2017

En 2017, Jean-Pierre Bacri brille devant la caméra du duo Éric Toledano et Olivier Nakache dans le rôle de Max Angeli, traiteur et organisateur de mariages jonglant avec les emmerdes du Sens de la fête. Un rôle taillé sur mesure pour l’acteur qui lui vaut sa neuvième nomination aux César en tant qu’acteur, après Subway (1986, second rôle), On connaît la chanson (1998, second rôle), Kennedy et moi (2000, meilleur acteur), Le Goût des autres (2001, second rôle), Les Sentiments (2004, meilleur acteur), Cherchez Hortense (2013, meilleur acteur), La Vie très privée de Monsieur Sim (2016, meilleur acteur). Pour une seule récompense, donc, avec On connaît la chanson.