« Minuit dans l’univers » : « Je donnerais ma jambe gauche pour un peu de solitude », s’amuse George Clooney

INTERVIEW George Clooney se dirige sous les traits d’un vieil homme grincheux dans le conte de science-fiction « Minuit dans l’univers », disponible depuis Noël sur Netflix

Propos recueillis par Caroline Vié

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Caoilinn Springall et George Clooney
Caoilinn Springall et George Clooney — Philippe Antonello/NETFLIX
  • Dans « Minuit dans l’univers », George Clooney est méconnaissable en vieil homme frappé par une étrange catastrophe.
  • Le comédien se dirige lui-même dans la peau d’un grincheux tentant de convaincre des voyageurs spatiaux de ne pas revenir sur Terre.
  • Il évoque aussi sa récente paternité de deux jumeaux, son confinement, et les leçons à retenir de la crise sanitaire.

George Clooney est devant et derrière à la caméra pour Minuit dans l'univers disponible depuis Noël sur Netflix. Il incarne un gardien isolé en Arctique qui doit s’occuper d’une fillette égarée et tenter de convaincre les habitants d’une station spatiale de ne pas revenir sur une Terre menacée par une terrible catastrophe.  Felicity Jones et David Oyelowo lui donnent la réplique dans ce film envoûtant inspiré d’un roman de Lily Brooks-Dalton. Cette œuvre puissante et brillamment mise en scène confirme que George Clooney est un excellent cinéaste qui revient sur son expérience pour 20 Minutes.

« Minuit dans l’univers » peut-il s’apparenter à un conte de Noël ?

Je reconnais qu’il y a des moments difficiles dans l’histoire et que tout n’y est pas joyeux ! Mais la rédemption du personnage que j’incarne, comme l’espoir que je laisse poindre à la fin, font que je reste dans la tradition festive. Un peu comme Charles Dickens avec son Chant de Noël, dans lequel son héros se conduit comme une parfaite ordure avant de se racheter dans les dernières pages.

Le personnage que vous incarnez est-il également conforme à cette tradition ?

Il est odieux, ivrogne et coureur de jupons, mais le fait qu’il prend soin de la petite héroïne le rend attachant. On vous pardonne tout si vous aimez les enfants. Je me suis donc amusé à le rendre vraiment détestable. Pour le faire ensuite fondre devant la fillette jouée par Caoilinn Springall. Cette dernière, qui faisait ses débuts à l’écran, m’a bluffé. Si le comique W.C. Fields disait que c’est une tannée de tourner avec des enfants, c’est qu’il n’en avait pas rencontré d’aussi doués qu’elle.

Etait-ce un rôle difficile à composer ?

Jouer quand on se dirige soi-même n’a rien d’évident et ce personnage solitaire était complexe, épuisant moralement et physiquement. Heureusement, Grant Heslov, mon coproducteur et ami depuis quarante ans, veillait au grain.

N’êtes-vous pas habitué à vous mettre en scène depuis le temps ?

C’est contre nature de diriger les autres acteurs en même temps que soi ! Il n’y a rien de plus agaçant que d’avoir un partenaire qui vous dit ce que vous devez faire. De plus, vous n’osez pas refaire des prises de peur d’avoir l’air narcissique. Donc, c’était Grant qui disait : « Mon vieux, tu y retournes et tu recommences cette scène. » Il ne laissait rien passer.

La solitude du héros vous fait-elle peur ?

Je suis le papa de jumeaux de trois ans et je donnerais ma jambe gauche pour un peu de solitude ! Mais Minuit dans l’univers montre que ne pas être seul est capital pour l’être humain. Ce que nous vivons en ce moment le confirme. Nous souffrons de ne plus voir nos proches, de ne plus pouvoir les toucher. La période actuelle est très instructive quant à nos priorités.

Qu’aurez-vous appris pendant le confinement ?

Que je suis toujours capable de passer la serpillière et de recabler une lampe. J’ai aussi beaucoup changé de couches, pas les miennes je vous rassure… Il est important de profiter de ce qu’on vit. Un récent accident de moto au cours duquel j’aurais pu me tuer me l’a appris également. La chance peut vous abandonner du jour au lendemain, sans qu’on sache pourquoi. Il est important de l’apprécier tant qu’elle vous favorise.

Vous êtes optimiste quant à l’avenir ?

Minuit dans l’univers correspond bien à mon état d’esprit. Le film témoigne de tout le mal que l’être humain peut accomplir contre lui-même et la planète. Survivre est un combat constant qui vaut la peine d’être mené. C’est ce que je crois profondément.

Pensez-vous, comme d’autres, que Netflix finira par tuer le cinéma ?

On a dit que la télévision, puis les cassettes VHS, puis les DVD allaient tuer le cinéma. Et il est toujours là ! Ce sera la même chose avec les plateformes. Netflix me permet de produire des films dont les studios, qui ne cherchent que des blockbusters, ne veulent plus. J’aurais aimé que Netflix existe quand je débutais comme acteur. J’aurais eu moins de mal à trouver du boulot !