Confinement : Comment les pros du cinéma s'adaptent pour continuer à tourner malgré tout

TOURNAGES Malgré des mesures de plus en plus restrictives, les tournages de films se poursuivent tant bien que mal, d'autant que Jean Castex les a autorisé malgré le reconfinement

Caroline Vié

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Le tournage du film mexicain  « Nudus » de Gibran Bazan en plein Covid-19.
Le tournage du film mexicain « Nudus » de Gibran Bazan en plein Covid-19. — Eyepix/Sipa USA/SIPA
  • Sur les tournages, les équipes de cinéma prennent des précautions draconiennes pour se préserver du virus.
  • Toutes et tous font de leur mieux pour que les productions ne s’interrompent pas, condition sine qua non pour sauver les films et leurs emplois.

Tourner un film n’est déjà pas facile en temps normal mais cela devient un véritable casse-tête en période de risque sanitaire élevé, même si tout a été repensé pour minimiser les risques d’infection. Au-delà du reconfinement annoncé ce mercredi soir par Emmanuel Macron, 20 Minutes a recensé les principales difficultés auxquels les acteurs et les équipes techniques sont confrontés et comment chacun tente d’y remédier.

Le Covid, ce souci

Jean Castex l’a assuré ce jeudi matin : « Pour la culture, nous autorisons le travail préparatoire aux spectacles, les répétitions, les enregistrements et les tournages afin de préparer les activités de demain ». Et pour ce faire, les contrats comprennent tous une « annexe Covid-19 » qui indique les mesures à respecter pour limiter les risques. « Tout est expliqué et contrôlé, tant sur les tournages que pour les castings de façon à éviter les contacts, explique l’acteur Nicolas Delys. On sait que le moindre cas peut entraîner un arrêt du tournage », précise-t-il. Avec des soucis financiers mais aussi d’emploi du temps car « un autre tournage est parfois prévu dans la foulée ». Toutes et tous ont besoin de travailler et sont donc très prudents. La plupart des productions ont passé un accord avec des laboratoires afin de pouvoir tester régulièrement les comédiens et les techniciens, parfois tous les deux jours. « On devra changer de lieux de tournage si certains ferment, explique Mickaël Cohen, premier assistant-réalisateur sur un unitaire TF1 au titre encore secret. Et on va fonctionner avec des attestations employeurs pour se déplacer. »

Le masque, cette galère

« Comme le réalisateur, les acteurs portent des masques FFP2 entre les prises », précise Mickaël Cohen. Ce n’est pas évident pour communiquer. « Un comédien avec un masque est comme une page blanche qui doit souvent le retirer brièvement pour montrer ses expressions au réalisateur, précise Nicolas Delys. Il arrive aussi que le réalisateur ait envie de nous toucher pour nous placer et qu’il s’interrompe brusquement avant de le faire. » Comme il incarne un technicien de la police scientifique dans La Traque d’Yves Rénier sur l’affaire Fourniret, Nicolas Delys a cependant pu garder son masque pour ce rôle.

La figuration, tout aussi concernée

Marie, figurante sur King de David Moreau à Clermont-Ferrand les 2 et 3 octobre, n’a pas été testée avant sa participation car elle remplaçait quelqu’un du jour au lendemain. « Tout le monde était masqué et des masques en papier étaient mis à la disposition de ceux qui n’en avaient pas. On ne les enlevait que pour tourner. Seuls les figurants enfants avaient le visage découvert. » La direction d’acteurs ne s’en trouve pas facilitée.

La mise en scène, ce casse-tête

« Il n’est pas évident de rester intact dans nos envies de réalisateurs dans ces conditions » soupire le cinéaste Christian Carion qui prépare un remake anglo-saxon de Mon Garçon et qui gère ses répétitions avec Claire Foy et James MacAvoy. « Diriger des comédiens avec un masque n’est pas simple, ajoute le réalisateur Joachim Lafosse qui vient de finir Les Intranquilles avec Matthias Schoenaerts et Leila Bekhti. Mais il faut voir les avantages : je peux cacher mon expression quand je ne suis pas satisfait d’une prise. »

Le plateau, cette zone à risque

Le nombre de présences est limité sur le plateau. Les techniciens sont connectés aux moniteurs via leurs téléphones ou leurs tablettes, qui leur permettent de voir les images à distance sans s’agglutiner autour de la caméra. « C’est une habitude à prendre, reconnaît Mickaël Cohen, mais les gens se montrent disciplinés car il y va de l’emploi de chacun. » Une infirmière et un référent Covid sont présents tous les jours sur le tournage pour surveiller que le protocole sanitaire est respecté. « Le référent nous interroge quotidiennement sur nos symptômes éventuels », raconte Nicolas Delys.

Les voyages à l’étranger, cette angoisse

Le réalisateur Nicolas Bilon n’a pas choisi la facilité avec son documentaire sur « Les années blockbusters » qu’il tourne pour L’endroit Films et OCS. Alors que tout semblait prêt, la pandémie a coupé dans l’œuf ses rêves d’interviews de grands noms du 7e Art. « Impossible d’aller aux Etats-Unis car personne ne pouvait nous garantir que nous serions en meure d’y entrer et cela nous aurait coûté trop cher de prendre le risque de nous faire refouler », soupire-t-il. Nicolas Bilon a dû ruser et diriger à distance, depuis la France, son entretien avec Joe Dante filmé par une équipe franco-américaine à Los Angeles. Par contre, Richard Donner et  Paul Verhoeven lui ont fait faux bond par crainte du virus. « Malgré tout, j’essaie de garder le moral », souligne le réalisateur.

L’écologie, aux orties

« Le tournage de mon film était fou, mais pas très écolo, se souvient Joachim Lafosse. Nous devions notamment utiliser plusieurs voitures différentes pour ne pas compromettre la distanciation physique et changer de masques en papier toutes les trois heures. Pas idéal pour l’environnement auquel nous faisons très attention en temps normal. » Gel hydroalcoolique et prise de température en arrivant sur le tournage sont aussi au programme tandis que les places de cantine sont souvent séparées par des vitres et que les convives y sont placés en quinconce pour limiter les contacts.

Le système D, cette solution

Raymond Macherel a interrompu le montage d’un long-métrage documentaire sur les Gilets jaunes, Un moment sans retour, pour en tourner un autre, sur sa compagne kinésithérapeute pour enfants handicapés en plein confinement. « C’était très calme et très serein, nous confie-t-il. J’ai découvert une nature que je ne connaissais pas et je me suis bien amusé. Les seules angoisses que j’ai eues consistaient à me cacher des patrouilles de police qui guettaient les contrevenants au confinement. »

L’auto confinement, cette bonne idée

Le tournage de Mise au vert de Yohann Charrin s’est déroulé en toute sécurité. « Pour ce film, toute l’équipe s’est confinée ensemble dans un gîte du Vercors, raconte Mickaël Cohen. On a vécu en autarcie en évitant les contacts avec l’extérieur ce qui permettait de limiter les mesures protectrices. » Un sac à dos « Covid-19 » avec gamelle, couverts, verre et gel était fourni à tous les participants.

Comme lui, tout le milieu du cinéma fait au mieux pour que les tournages continuent. « Je fais un métier de passion. Je me plie donc à ce qu’on me demande par solidarité envers toute l’équipe », conclut Nicolas Delys. Le comédien n’est visiblement pas le seul à pratiquer cette philosophie.