Coronavirus à Lyon : Absence de films américains, concurrence des plateformes…Les salles de cinéma peinent à retrouver leur public

GALERE Malgré un frémissement observé depuis la rentrée, les salles obscures accusent une baisse de leur fréquentation de 50 à 70 % par rapport à l’an dernier

Caroline Girardon

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Malgré un frémissement observé depuis la rentrée, les salles de cinéma peinent à retrouver leur public.
Malgré un frémissement observé depuis la rentrée, les salles de cinéma peinent à retrouver leur public. — SYSPEO/SIPA
  • Depuis leur réouverture au mois de juin, les salles de cinéma de Lyon peinent à faire revenir leurs spectateurs malgré un frémissement enregistré depuis la rentrée.
  • La baisse de fréquentation est estimée entre 50 et 70 % selon les endroits.
  • L’absence de films américains, la concurrence des plateformes et les contraintes sanitaires sont autant de freins pour attirer le public.

La tenue du festival Lumière cette semaine à Lyon et le frémissement observé les vingt derniers jours leur avaient redonné un peu d’espoir. Mais l'instauration d’un couvre-feu dans la métropole de Lyon de 21h à 6h pendant six semaines pourrait rebattre les cartes. Depuis leur réouverture le 22 juin dernier, les salles de cinéma de Lyon sont clairement à la peine. 

« La reprise est dure, confirme Denis Revirand de l’Institut Lumière. Mais on a eu quelques bulles de respiration avec des films comme Antoinette dans les Cévennes, Tenet ou Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait qui nous ont permis de moins souffrir, notamment car les distributeurs français ont joué le jeu ». Les chiffres toutefois sont bien en deçà de ceux enregistrés l’an dernier à la même époque. « L’équilibre est fragile. Avec le confinement, trois mois ont été plantés. Cela a été un coup d’arrêt dans la progression que nous observions depuis 2015 et le rachat des salles CNP », poursuit-il.

Les multiplexes davantage touchés que les salles d’art et d’essais

Le public a eu le plus grand mal à revenir. Et l’été n’a pas arrangé la situation. « En juin, on a été heureux de retrouver une partie de nos spectateurs mais on a très vite déchanté. Les mois de juillet et août ont été extrêmement compliqués », ajoute de son côté Frédérique Duperret, co-directrice du cinéma Le Comoedia. L’établissement a enregistré une baisse de 50 % du nombre de ses entrées par rapport à l’été 2019. « On a perdu des spectateurs mais moins que les multiplexes qui disposent d’un plus grand nombre de salles et qui dépendent davantage du marché américain. Eux ont enregistré une baisse de leur fréquentation de 70 % », souligne-t-elle.

« Nous avons tous joué le jeu dans des conditions compliquées avec un protocole sanitaire strict à mettre en place. Mais nous devons faire face à l’absence de films américains qui se prolonge », précise Marion Sommermeyer, présidente du Grac (réseau des salles arts et essais de proximité) et exploitante du cinéma le Toboggan à Décines. Et d’ajouter : « On a clairement manqué de films grand public ».

Report des films américains

La déprogrammation de longs-métrages internationaux prévus ces derniers mois comme le dernier volet de James Bond ou Mort sur le Nil ont été vécus comme de gros coups durs. « Certaines salles n’excluent pas de devoir fermer à nouveau », révèle Marion Sommermeyer. Et d’expliquer : « Depuis la réouverture, elles n’ont plus de personnel au chômage partiel, les charges sont revenues alors que les recettes sont divisées par deux. C’est assez violent d’autant qu’il faut lutter aussi contre les plateformes ».

Disney, par exemple, a choisi de mettre directement en ligne son dernier film Soul sur sa plateforme (à compter du 25 décembre). Il n’y aura donc pas de sortie en salle. « On constate depuis la rentrée que le public a envie de revenir mais si les distributeurs ne jouent pas le jeu, ça sera compliqué. Il faudrait qu’ils soient moins frileux et acceptent de sortir les films plutôt que de les reporter ou les mettre sur les plateformes », poursuit-elle.

En attendant, les salles obscures misent sur les productions françaises ainsi que les avant-premières et les soirées débats, qui font recette. Du côté des cinémas Lumière et du Comoedia, les dernières séances ont affiché complet même si les capacités d’accueil ont été réduites à 60 %. « En tout cas, c’est rassurant sur l’intention du public », conclut Denis Revirand.