Jim Parsons et Matt Bomer dans «The Boys in the Band» de Joe Mantello
Jim Parsons et Matt Bomer dans «The Boys in the Band» de Joe Mantello — Scott Everett White/NETFLIX

INTERVIEW

« The Boys in the Band »: « Les acteurs sont gays, mais c'est un hasard » affirme le réalisateur Joe Mantello

Caroline Vié

Une soirée d’anniversaire entre amis gays tourne au règlement de compte dans « The Boys in the Band », film adapté d'un classique du théâtre américain sur Netflix ce mercredi

  • « The Boys in the Band » est une adaptation d’une pièce écrite à la fin des années 1960 par Mart Crowley.
  • Neuf acteurs homosexuels composent la distribution.
  • Joe Mantello, réalisateur du film diffusé sur Netflix, explique ses choix.

C’est à Ryan Murphy, créateur des séries American Horror Story et Ratched que le réalisateur Joe Mantello doit d’avoir pu porter à l’écran The Boys in the Band. Une pièce de Mart Crowley écrite à la fin des années 1960, déjà adaptée au cinéma en 1970 par William Friedkin que Joe Manello avait remontée à Broadway en 2018 avant d’en faire un film qui sort sur Netflix.

Une soirée d’anniversaire entre neuf hommes homosexuels est au centre de ce récit aux dialogues percutants. Chacun doit faire face à ses désirs et à ses contradictions au gré d’une fête qui tourne rapidement au règlement de compte généralisé. Pour 20 Minutes, le réalisateur de Love ! Valour ! Compassion ! revient sur sa version d’une œuvre culte, à la fois drôle, poignante et mordante.

Pourquoi reprendre cette pièce un demi-siècle après sa création ?

La réputation de la pièce est une montagne russe avec ses hauts et ses bas. Elle a fait sensation avant d’être décriée par la communauté LGBT qui la jugeait caricaturale puis réhabilitée il y a une quinzaine d’années. Je la considère, pour ma part, comme un morceau d’histoire de la communauté gay. A l’époque, c’était la première pièce à mettre en avant des hommes gay, mais elle ne doit pas son succès qu’à la communauté LGBT. Le public avait envie de découvrir ce milieu mystérieux, exotique et un tantinet sulfureux qui avait son propre langage et ses rituels. Les New-Yorkais qui allaient voir la pièce avaient l’impression de s’encanailler. Aujourd’hui, on peut la considérer comme un classique du théâtre américain.

Pourquoi avoir réuni des acteurs gays ?

Ce n’était pas notre volonté au départ. Ça s’est trouvé comme ça ! Ryan Murphy et moi-même avons offert les rôles à des comédiens avec lesquels nous avions déjà travaillé et nous avons choisi le reste de la distribution en organisant des castings. Si les acteurs sont gays, c'est un hasard. Mais cela nous a fait gagner un temps précieux car ils étaient familiers avec le sujet de la pièce et son vocabulaire. De plus, ils se sentaient liés par la solidarité qu’on peut avoir entre hommes gays.

Qu’avez-vous changé par rapport à la version de William Friedkin ?

J’ai choisi de montrer ce qui se passe après la fête. Le dénouement de l’adaptation de William Friedkin est très dur. J’ai choisi une fin plus optimiste. Nous avons la chance de pouvoir prendre un recul que cette première version filmée n’avait pas. A l’époque, la rage était puissante dans les cœurs. Cela se sent dans la pièce et je voulais apporter de l’apaisement.

L’influence de Ryan Murphy a-t-elle été importante sur l’inclusion à la télévision ?

Elle a été déterminante car il s’est battu pour avancer et, après avoir glissé son pied en travers de la porte, il a eu la générosité de la maintenir ouverte pour les autres. Il a eu notamment le courage d’engager des comédiens gays qui étaient sortis du placard dans ses diverses séries, ce qui était un message fort pour encourager les acteurs à ne plus se cacher. Aujourd’hui, il faut continuer à pousser la porte pour qu’elle ne se referme pas et que de plus en plus d’histoires différentes et de gens différents puissent trouver leur place sur les écrans. Cela ne peut que rendre le monde meilleur !

L’un des personnages dit « Montrez moi un homosexuel heureux, je vous montrerais un cadavre gay », est-ce toujours vrai ?

Cette réplique, la plus célèbre de la pièce, était déjà ironique en 1968. Etre gay dans les années 1960 ne vous facilitait pas la vie. Aujourd’hui, les choses ont quand même évolué pour le mieux. The Boys in the Band est diffusé sur une plateforme où il pourra être vu par de très nombreux spectateurs dans le monde entier au lieu d’être montré dans de petites salles à un public de niche. L’idée que toutes ces personnes vont découvrir ce classique de la littérature gay joué par neuf comédiens ouvertement homosexuels et fiers de l’être me rend heureux.