Festival de Deauville : « Etre réalisateur est un mélange d’exaltation et de détermination », explique Barbet Schroeder

HOMMAGE Le réalisateur de « L’avocat de la terreur et d'"Amnesia" évoque sa carrière américaine pour laquelle il a été récompensé à Deauville

De notre envoyée spéciale à Deauville, Caroline Vié
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Barbet Schroeder à l'hôtel Royal pendant le 46e Festival de Deauville
Barbet Schroeder à l'hôtel Royal pendant le 46e Festival de Deauville — C.Vié
  • Barbet Schroeder a réalisé sept films à Hollywood entre 1987 et 2002.
  • Il a dirigé des stars comme Meryl Streep, Mickey Rourke et Ryan Gosling.
  • Il ne voit pas retravailler aux Etats-Unis.

Barbet Schroeder était d’autant plus content d’être honoré au Festival de Deauville qu’il estime que les films de ce qu’il appelle sa parenthèse américaine ne sont pas estimés à leur juste valeur.

« On me parle tout le temps de mes documentaires comme L'Avocat de la terreur (2007) ou Le Vénérable W. (2017) mais tout le monde semble avoir oublié que j’ai tourné sept longs-métrages en Amérique entre 1987 et 2002 », rappelle-t-il. Des films grand public de qualité dont il déclare se sentir fier. « Ce qu’aujourd’hui les producteurs appellent de l’art et qu’ils refusent de financer parce qu’ils ne leur paraissent pas assez rentables, » soupire-t-il.

Le réalisateur de 79 printemps a multiplié les grands films tels Barfly (1987), Le mystère von Bulow (1990) ou Calculs meutriers à Hollywood. Et il a aussi dirigé de grandes stars comme Mickey Rourke, Nicolas Cage, Meryl Streep ou Sandra Bullock. Il a même découvert Ryan Gosling et valu un Oscar à Jeremy Irons sans jamais obtenir lui-même la statuette. « Je n’ai aucun mérite : c’était juste les acteurs parfaits pour leurs rôles », confie le réalisateur après avoir reçu son trophée des mains de l’actrice Marthe Keller qu’il avait dirigée dans Amnesia (2015).

Un faon traumatisant

C’est avec Bambi, dessin animé des studios Disney que Barbet Schroeder a découvert le 7e Art. « J’ai tellement hurlé quand la mère de Bambi se fait tuer par les chasseurs qu’il a fallu me sortir de la salle, se souvient-il. Ma mère, qui avait peur que je sois traumatisé m’a ensuite interdit d’aller au cinéma pendant plusieurs années. » Ce cinéphile passionné s’est bien rattrapé depuis. Il continue à fréquenter assidûment les salles obscures depuis la fin de du confinement. « J’ai une répulsion pour la télévision en ce moment » avoue-t-il. Son dernier coup de cœur en date est Eté 85 de François Ozon.

Un requin meurtrier

Le cinéaste ne se voit plus vraiment retourner faire des films aux Etats-Unis. « Les choses ont commencé à se dégrader en 1975 avec Les Dents de la mer de Steven Spielberg quand les financiers ont commencé à comprendre qu’ils pouvaient gagner plus d’argent en sortant un seul film dans de nombreuses salles, affirme-t-il.

Le processus s’est ensuite dégradé jusqu’à parvenir à la situation actuelle où seuls les blockbusters s’imposent sur le marché. » Barbet Schroeder n’a pourtant pas décidé d’arrêter de travailler. « Etre réalisateur est un mélange d’exaltation de détermination », martèle-t-il. On lui souhaite que ces deux éléments le fassent encore longtemps vibrer.