Retour en salles: Les films français parviendront-ils à compenser l'absence des blockbusters américains?

CINEMA Avec la déprogrammation de nombreux blockbusters américains, les salles de cinéma espèrent voir leur été sauvé par des films français de qualité

Caroline Vié

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Benjamin Voisin et Félix Lefebvre dans «Ete 85» de François Ozon
Benjamin Voisin et Félix Lefebvre dans «Ete 85» de François Ozon — Diaphana
  • Certains exploitants tirent la langue depuis la réouverture des salles, à cause du manque de blockbusters américains.
  • La déprogrammation de « Tenet » ou « Mulan » leur cause du tort, mais les comédies françaises prévues devraient les réconforter.

Le retour au cinéma, depuis le 22 juin, est un succès… en demi-teinte pour les exploitants des salles de cinéma qui craignent un été pourri. « On a compté un million de spectateurs en une semaine, annonce à 20 Minutes  Richard Patry, le président de la Fédération des cinémas français. Cela veut dire que les habitués sont de retour. Mais il nous faut maintenant attirer le public occasionnel. » Ceux qui attendent de grosses sorties pour franchir le pas des salles.

« Cette semaine, des ressorties comme De Gaulle et La Bonne épouse ont fait le job », raconte Renaud Florent Benoist, directeur du Colisée à Saint-Galmier (42). « Nous avions fait le choix politique de passer des films indépendants et nos résultats ont été dans la moyenne », explique Stéphane Goudet, directeur du Mélies à Montreuil (93). Sa collègue Sylvie Jaillet au Ciné Festival à Amberieu en Buguet (01) est aussi enchantée : « Nous avons réuni 150 spectateurs pour Bohemian Rhapsody, se souvient-elle. Les gens sortaient avec le sourire en disant que le voir en salle était mieux que le DVD. » Elle est plus réservée pour l’avenir : « Dans ma salle, nous vivons l’été avec les gros films américains et leur déprogrammation me fait craindre une fréquentation très impactée ! »

« Tenet » et « Mulan » aux abonnés absents

Les Américains suivent une logique internationale dans laquelle la France n’est qu’un pion sur l’échiquier des sorties mondiales. Et les salles françaises s’inquiètent de voir que les titres porteurs risquent de manquer. « Perdre Tenet et Mulan est une catastrophe, confirme Arnaud Vialle, exploitant à Sarlat (24). Je ne vois pas ce qui pourrait remplacer le manque à gagner provoqué par l’absence de ces deux films très attendus. » La réouverture de ses six salles au Rex s’est révélée décevante – 60 % de moins que d’habitude – et il envisage de réduire le nombre de séances et de remettre une partie de son équipe au chômage partiel.

« Les films ne sont pas interchangeables, soupire Stéphane Goudet. Il y aura peut-être un phénomène de curiosité vis-à-vis de certains films, mais il est peu probable que le spectateur de Tenet de Christopher Nolan ait envie de se rabattre sur Eté 85 de François Ozon. » Arnaud Vialle se montre lui aussi sceptique. « Un grand succès d’Ozon comme Grâce à Dieu a fait moins de 700.000 entrées en France, cela reste peu comparé à un gros film américain. »

Richard Patry, le patron des exploitants, espère malgré tout que cet état de fait « ouvre une porte au cinéma français ». Grâce à des comédies commeTout simplement Noir  de Jean-Pascal Zadi et John Wax ou  Divorce Club de Michaël Youn, qu’il cite comme possibles locomotives.

Peut-être de nouveaux films au programme

« Je crains que les choses ne reprennent pas vraiment avant l’automne, conteste Arnaud Vialle. Il va falloir tenir jusque-là, car ouvrir nos salles coûte cher. » A moins que certains films prometteurs, voyant l’encombrement qui se profile pour la rentrée, ne changent de stratégie en avançant leur sortie. « Il n’est pas trop tard pour avancer des programmations : cette période offre des belles opportunités », promet Richard Patry. Reste à savoir si des distributeurs auront envie de tenter leur chance. « Ils feraient bien vu qu’on voit de plus en plus de monde chaque jour dans nos salles », assure Marion Lebeault, responsables des 4 Venys à Brie-Comte-Robert (77). De quoi retrouver le sourire.