« Elephant Man », « La Roue »… L’engouement pour les films du patrimoine se confirme en salle

RETOUR DE FLAMME « Elephant Man » dépasse les 10.000 sur une semaine avant de voir son nombre de salles presque doubler

Stéphane Leblanc

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Elephant Man, film culte de 1980 signé David Lynch
Elephant Man, film culte de 1980 signé David Lynch — BROOKSFILMS LTD.
  • Popularisés pendant le confinement, les « vieux films » du patrimoine ont une carte à jouer cet été avec la réouverture des salles.
  • C’est ce qu’espère la société de distribution Carlotta, qui a ressorti « Elephant Man » le 22 juin, ou la Fondation Pathé qui a passé cinq ans à restaurer « La Roue », chef-d’œuvre du muet signé Abel Gance.
  • Les premiers résultats, en termes de fréquentation, sont prometteurs.

Il a beau répéter « Je ne suis pas un éléphant, je suis un être humain », c’est bien son aspect physique qui attire l’attention, mais aussi l’empathie qu’on peut ressentir vis-à-vis du destin hors norme de John Merrick, plus connu sous le nom d’Elephant Man.

Avec près de 10.000 entrées enregistrées en une semaine, le film de David Lynch qui fête ses 40 ans, verra son nombre de salles passer d'une soixantaine dans l'Hexagone à presque que cent dès demain mercredi. Un chiffre impressionnant pour une reprise. « Quitte à retourner au cinéma, autant marquer le coup avec un chef-d’œuvre », lance Damien en sortant de l’UGC Normandie à Paris. Un film, mi-réaliste, car inspiré d’une histoire vraie, mi-fantastique, réalisé dans un noir et blanc qui retrouve son aspect métallique grâce à sa récente restauration en 4K.

« Avant d’être un film de patrimoine, c’est un film d’auteur accessible et assez fédérateur, explique Vincent Paul-Boncourt, le patron de Carlotta qui distribue le film en salle. C’est aussi un film emblématique des années 1980, que les plus anciens ont à cœur de faire découvrir aux plus jeunes. »

Ce succès aidant, Carlotta rêve déjà de rééditer l’exploit au cours de l’été en ressortant Crash de David Cronenberg ou avec Les Fleurs de Shanghai du Taïwanais Hou Hsiao-hsien… « Il y a une véritable appétence pour le cinéma des années 1990 », souligne Vincent Paul-Boncourt. Pour le cinéma des années 2000 aussi car, dans le seul UGC Ciné-Cité Les Halles, Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry a cartonné sur la seule journée du lundi 22 juin, pour la réouverture de la salle.

« Cet engouement pour les films du répertoire n’est pas une surprise, se réjouit Sophie Seydoux, présidente de la Fondation Pathé-Jérôme Seydoux. La période récente de confinement a probablement amplifié la demande, reprend cette spécialiste de la restauration de chefs-d’œuvre du muet. Mais elle existe depuis une quinzaine d’années, grâce à la politique du CNC qui apporte son aide aux films pour passer de l’argentique au numérique, si possible dans des versions restaurées en haute définition. C’est le cas de La Roue, film de 1923 qui a nécessité cinq ans de travail pour un résultat aussi inespéré qu’époustouflant. Sous-titré « tragédie des temps modernes » par son auteur, Abel Gance, ce film de sept heures qui raconte l’histoire d’un frère et d’une sœur qui ignorent leur réel lien de parenté, a d’abord été conçu pour être un  serial (l’ancêtre des séries) avant de devenir un grand film truffé de rebondissements, où la roue d’un train intervient, tel un leitmotiv, comme le symbole d’un destin, d’une fatalité qui écrase les individus…

La Roue est sorti le 24 juin dans un superbe coffret DVD en édition limitée, mais il s'épanouirait davantage sur grand écran… « C’est un film qui est fait pour être projeté dans de grandes salles capables d’accueillir un orchestre philharmonique », acquiesce Sophie Seydoux. La partition est en effet signée de jeunes compositeurs de l’époque :  Claude Debussy, Darius Milhaud, Arthur Honegger… Les projections l’an dernier au Festival de Berlin ou au Festival Lumière à Lyon ont marqué ceux qui ont eu la chance d’y assister. D’autres dates sont envisagées. « Lausanne nous a contactés pour la rentrée », tandis que les Parisiens le verraient bien programmé à la Philarmonie

Autre grosse sortie DVD réalisée à la suite d’une ressortie en salle réussie :  La Rumeur de William Wyler, avec Shirley MacLaine et Audrey Hepburn, sur le bad buzz qui envenime la relation entre deux jeunes femmes. Pas drôle, mais cruellement actuel. Comme pouvait l’être Carol de Todd Haynes dans le même genre d’histoire et avec le même type d’héroïnes incarnées par Cate Blanchet et Mara Rooney.