Déconfinement: Comment les salles se font belles pour faire revenir les spectateurs au cinéma

ON IRA TOUS AU CINEMA Embarras du choix des films, mesures sanitaires finalement peu contraignantes... les professionnels du cinéma se mobilisent pour attirer les spectateurs dans les salles qui rouvrent ce lundi

Caroline Vié

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Tous au cinéma
Tous au cinéma — Fédération Nationale des cinémas français
  • Les cinémas rouvrent le 22 juin après trois mois de pandémie.
  • Sécurité de l'accueil et qualité de la programmation sont au centre des préoccupations.
  • Plus de 50 films seront visibles sur les écrans, parmi lesquels peu de blockbusters américains.

Près de deux mille salles de cinéma s’apprêtent à rouvrir leurs portes ce lundi en France. En fanfare, après trois mois d’attente. La programmation se veut belle, les consignes de sécurités précises. Il faut convaincre le public de revenir vers le grand écran, après avoir fréquenté si longtemps le petit.

Selon Médiamétrie, 18,7 millions de spectateurs se disent prêts à retourner en salle dans les quatre semaines qui viennent, c’est déjà pas mal. « On a essayé de maintenir leur envie tout au long du confinement », explique à 20 Minutes Richard Patry, président de la Fédération des exploitants, à l’initiative de la campagne #Oniratousaucinéma, une série de films courts dans lesquels des stars françaises partagent leur amour pour les salles

Un siège sur deux, mais plus de masque une fois assis

« Nous avons bossé comme des fous pour écrire le scénario de la réouverture en toute sécurité », raconte de son côté Gérard Lemoine, qui remet en état ses quatre salles du Cinépal à Palaiseau (91), soit 560 fauteuils. Le ministre de la Culture, Franck Riester a annoncé ce dimanche qu’il levait l’obligation de ne remplir les salles qu’à 50 % de leur capacité. « Cela ne change pas grand-chose pour nous, commente Gérard Lemoine. Concrètement, garder un siège vide entre chaque groupe de spectateurs pour respecter la distanciation physique revient à ne remplir les cinémas qu’à moitié. » Le public est encouragé à utliser le gel hydroalcoolique mis à sa disposition et à porter un masque dans les parties communes, mais plus une fois assis. « Pendant le film, on est tourné vers l’écran donc on a moins de chance de se contaminer », estime l’exploitant qui privilégie toutefois les confiseries en sachet, plus sûres que le mur de bonbons en self-service. « Comme beaucoup de mes confrères, je reste sur un principe de précaution et de recommandation sans obligation », précise-t-il. Beaucoup de salles multiplient les clins d’œil et jouent la carte de l’humour et de la convivialité. Ainsi, une des salles du MK2 Bibliothèque, à Paris, sera « habillée avec 50 Minions à la place des places vacantes », prévient MK2 dans un communiqué.

Un choix pléthorique de films sur les écrans

« On espère un effet de masse, que les gens auront d’abord envie d’aller au cinéma, suscitant un engouement pour aller voir toutes sortes de films », racontait Cathy Coppey, présidente du réseau O'Ciné à Saint-Omer lors d’une table ronde organisée il y a une dizaine de jours par Comscore et le Film Français.

Entre reprises de films interrompus et nouveautés, le public aura l’embarras du choix : une cinquantaine de films nouveaux ou récents se retrouvent simultanément sur les écrans. Les programmateurs ont dû se livrer à un véritable jeu de Taquin façon Tetris et le public va devoir se frayer son chemin au sein de ce choix pléthorique car il n’est plus question de ne passer qu’un seul film dans chaque salle : il faudra donc être attentif aux horaires. « Mais cela donne leur chance à de nombreux longs-métrages », nuance Gérard Lemoine. « On s’est engagé auprès des distributeurs à reprendre les films qui sont sortis juste avant la pandémie », justifie Richard Patry. C’est par exemple le cas de La Bonne épouse de Martin Provost dont la très belle carrière a été coupée net par le confinement.

« Nous avons profité des trois mois d’interruption pour étudier qui étaient les spectateurs de nos films avant la fermeture. Cela nous a été utile pour affiner la reprogrammation », dit Aurélien Bosc, président des cinémas Gaumont Pathé. Ses salles rouvriront dans la nuit du 21 au 22 juin dès minuit avec notamment Mon cousin de Jan Kounen en avant-première.

Pas de starting-blocks pour les blockbusters

Pour les blockbusters américains, il va falloir patienter. La plupart des grands studios ont décidé de reporter leurs sorties à l’automne ou en 2021, une stratégie internationale. Xavier Albert, directeur général d’Universal Pictures France) est pourtant parvenu à convaincre la maison mère de Los Angeles de sortir des nouveautés. « Je fais partie des optimistes qui pensent que le cinéma a cruellement manqué et que les gens vont y revenir » dit-il.

Les sorties du film d’action The Hunt le 22 juin et de la comédie romantique La voix du succès le 15 juillet, devraient lui donner raison. Le choix est maintenant entre les mains des spectateurs.