Coronavirus : « Diffuser "La Grande Vadrouille" ou "Le Gendarme de Saint-Tropez" est un signe d’unité nationale »

INTERVIEW Les chaînes de télévision ont adapté leurs grilles au confinement, avec un retour aux valeurs sûres, aux films du patrimoine et à Louis de Funès

Propos recueillis par Vincent Julé

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Extrait du film «La Grande Vadrouille»
Extrait du film «La Grande Vadrouille» — NANA PRODUCTIONS/SIPA

A peine le confinement déclaré, France 2 dégainait le premier week-end du 21-22 mars, coup sur coup, Les Tontons flingueurs et La Grande Vadrouille. Comme un réflexe de replis, une valeur refuge. Et ça a marché, avec plus de cinq millions de téléspectateurs, et 30 % de part d’audience, pour La Grande Vadrouille, et des témoignages comme celui de Jacqueline, une retraitée, dans Le Parisien : « On n’a plus du tout pensé au coronavirus. Tout part d’une envie : se laisser embarquer ».

Conséquence, France 2 propose un film du patrimoine tous les jours à 14h, avec déjà Jean de Florette, Manon des sources, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis, La soupe aux choux, L’aile ou la cuisse, et cette semaine Inspecteur Labavure lundi, L’as des as mardi ou encore L’aventure, c’est l’aventure mercredi. TF1 et la 7e compagnie, France 5 et des classiques comme Hiver 54 ou Rocco et ses frères… toutes les chaînes s’y mettent, et M6 en profite pour ressortir son Gendarme de Saint-Tropez, à New York ce lundi soir.

Pourquoi a-t-on besoin de voir et revoir ces grands classiques du cinéma français en temps de crise, 20 Minutes a posé la question à Alain Kruger, commissaire de l'exposition Louis De Funès, qui devait s’ouvrir mercredi 1er avril à la Cinémathèque de Paris mais qui attendra la fin du confinement, « on espère en juin ».

Pourquoi France 2 a proposé « La Grande Vadrouille » aux premiers jours du confinement ?

C’est le grand film de la réconciliation nationale, le grand doudou cinéphile, un film qui nous accompagne, nous Français et Françaises, depuis trois générations déjà. Il faut voir cette programmation, si tôt dans le confinement, comme un signe de reconnaissance, d’unité nationale. Le rire est le meilleur remède contre la crise, et le patrimoine français regorge de comédies cultes.

On parle de films, mais il est aussi question d’acteurs : Belmondo, Coluche et bien sûr de Funès, point commun de nombreuses comédies programmées.

Il y a le fait que ce sont des visages connus, et donc réconfortants, mais aussi ce retour au populaire, presque au terroir. La France a toujours eu un problème avec le succès, le populaire. Cela devient suspect aux yeux de la critique, qui voudrait être la seule à aimer et défendre certains acteurs, ou auteurs. C’est d’autant plus flagrant avec Louis de Funès, qui a été encensé par la critique avant d'être déconsidéré avec ses succès populaires.

Louis de Funès peut-il être considéré comme l’antidote parfait au confinement ?

Ce qui est intéressant avec lui, c’est qu’il synthétise tous les défauts, tous les travers, des Français. Tu l’imagines bien se méfier ou s’écarter d’un médecin dans la file d’attente du boulanger, de peur de se faire contaminer. C’est un rôle qu’il aurait pu jouer au cinéma. Il peut donc être vu comme un antidote aux virus de la bêtise humaine.

Quelles sont vos recommandations cinéma pour les semaines à venir ?

La Grande Illusion de Jean Renoir est un film de confinement à sa manière, car film d’emprisonnement. Indispensable. Comme l’éternel La Vie est belle de Frank Capra. Pour revenir à de Funès et au confinement, mais au second degré, je citerai Les Bons vivants, un film à sketchs de Georges Lautner et Gilles Grangier, sur des dialogues de Michel Audiard. L’histoire évoque la fermeture des maisons closes. Le film est programmé dans le cadre de Ciné+ de Funès, une chaîne digitale éphémère lancée le 1er avril avec plus d’une vingtaine de films, dont certains peu vus et tous très amusants.