Coronavirus: Quel avenir pour les films annulés ou reportés ?

CONFINEMENT Les professionnels du cinéma réfléchissent à l’avenir des longs-métrages à peine sortis en salle ou ceux qui devaient sortir ce mercredi ou dans les semaines à venir

Caroline Vié

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 «La bonne épouse» de Martin Provost
«La bonne épouse» de Martin Provost — Mémento
  • De nombreux films ont été déprogrammés ou annulés pour cause d’épidémie de coronavirus.
  • La loi française interdit de sortir prématurément en VOD les films dont l’exploitation a été arrêtée.
  • Producteurs, distributeurs et exploitants de salles ont des intérêts parfois divergents.

Avec les déprogrammations liées à la peur de l’épidémie de coronavirus, puis à la fermeture de toutes les salles de cinéma depuis samedi minuit, beaucoup de films vont rester sur le carreau. Leurs distributeurs risquent de se retrouver dans une situation difficile, surtout les plus fragiles d’entre eux.

La Bonne épouse de Martin Provost était en passe de devenir un succès commercial au moment où l’on a fermé les cinémas. Alexandre Mallet-Guy, directeur général de Memento, a comptabilisé 171.000 entrées samedi soir. Il pouvait légitimement imaginer que le film dépasse le million de spectateurs et il envisage déjà de le ressortir à la réouverture des salles. « Il faudra récréer l’envie du public à ce moment-là, en souhaitant qu’elle ne soit pas passée dans ce monde digital où tout va si vite », soupire-t-il.

Les « petits films » en péril

Pour une ressortie, les « petits films » annulés ou reportés savent qu’ils ne seront sans doute pas prioritaires quand les salles rouvriront. Certains distributeurs voient l’avenir en noir. « Si les exploitants de salles ont le choix entre le James Bond et un long-métrage moins porteur, devinez ce qu’ils vont vouloir projeter », demande un distributeur qui souhaite rester anonyme. Les films fragiles auront du mal à retrouver le chemin des salles si celles-ci sont déjà occupées par de grosses productions attendues ou programmées de longue date.

La VOD, une solution ?

Aux Etats-Unis, certains grands studios comme Universal ont choisi de proposer dès à présent quelques titres récents en VOD.

Le producteur Jason Blum l’a annoncé sur Twitter : Invisible Man sera ainsi disponible dès vendredi pour 20 dollars. C’est cher, certes, mais pas si onéreux si les gens le regardent en famille ou entre amis. Les Trolls 2, The Hunt ou Birds of Prey pourront également être vus de la sorte. En France, une distribution des films dont l’exploitation a été stoppée prématurément n’est pas concevable, car cela ne respecterait pas la chronologie des médias.

Vers une modification de la loi ?

« Je suis pour l’ouverture de la VOD en attendant la réouverture des salles. Tous ces efforts, pour n’être vu que quatre jours… c’est trop frustrant », écrit Marc Irmer, producteur d’Un fils de Mehdi Barsaoui, dans un tweet. Comme d’autres, il rêve d’une modification de la loi, mais elle n’est pas à l’ordre du jour. Même si des personnalités influentes comme Jean Labadie du Pacte, qui a distribué entre autres Les Misérables, semblent l’appeler de leurs vœux. Le risque serait de fragiliser des salles déjà mises à mal par les circonstances…

Une concurrence renforcée

En attendant, il reste la solution de sacrifier l’exploitation du film en salle et de le sortir directement en VOD. « En espérant qu’il ne se retrouve pas noyé parmi l’offre des plates-formes de streaming », murmure un distributeur. Vladimir Kokh de KMBO, qui devait sortir Filles de joie ce mercredi, demeure attentiste. « Nous nous adapterons pour trouver de nouvelles dates de sorties, nous dit-il. Pour le moment, le mot d’ordre est de voir l’actualité et d’agir calmement en fonction. » Quelles que soient les décisions qui seront prises, la concurrence, déjà rude, va encore s’en trouver renforcée.