Coronavirus : Les sorties cinéma sont fortement impactées par l'épidémie

CONFINEMENT De nombreuses sorties de films sont repoussées alors que la fermeture des salles de cinéma pourrait suivre la décision gouvernementale d'interdire les rassemblements de plus de 100 personnes

Caroline Vié

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« Filles de joie » de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich
« Filles de joie » de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich — KMBO
  • Beaucoup de distributeurs renoncent à sortir leurs films en raison de l’épidémie.
  • Certains maintiennent cependant leurs dates de sorties, tout en craignant la fermeture des salles de cinéma, le gouvernement ayant annoncé l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes.

Depuis que Miss de Ruben Alves a été déprogrammée à la mi-février, les sorties de films s’évaporent à un rythme accéléré, chassées par le développement de l’épidémie du coronavirus. « Les Américains ont été un peu longs à la détente mais ils sont efficaces, déclare à 20 Minutes un distributeur qui ne souhaite pas être identifié. Une fois qu’ils s’y sont mis, les sorties de gros studios sont tombées comme des mouches, c’est ça, l’efficacité US. »

Du côté des grandes firmes américaines où des sorties telle que Mulan (Disney), Affamés (Fox-Disney) Bloodshot (Sony) ou Fast and Furious 9 (Universal) viennent d’être récemment suspendues, on ne compte plus les déprogrammations. « Il ne s’agit pas d’une stratégie franco-française ; explique Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français mais d’une décision qui est prise à l’international. » Même le Français SND a suivi, en annulant Divorce Club de Michaël Youn.

Une « bonne épouse » malmenée

Seul contre tous, La Bonne épousede Martin Provost cartonne. « Le film trouve son public avec 110.000 entrées en deux jours, confie à 20 Minutes Alexandre Mallet-Guy, directeur général de Memento qui distribue le film. Mais on navigue à vue devant cette situation inédite. »

Alors qu’Édouard Philippe vient d’annoncer l’interdiction de rassemblement de plus de 100 personnes, Alexandre Mallet-Guy se fait du souci. « Si l’exploitation du film devait s’arrêter, ce serait une catastrophe financière pour nous, mais je ne regrette pas notre décision. Nous ne pouvions pas imaginer que les choses allaient tourner ainsi et j’espère que les exploitants de salles nous aideront quand tout sera revenu à la normale. »

Une poignée d’irréductibles

Face aux chaos, certains distributeurs décident de maintenir leurs films à l’affiche. « Nous avons engagé tant de frais de promotions et de distribution que nous ne pouvons plus reculer », explique Vladimir Kokh de KMBO dont l’excellent Filles de joie doit sortir mercredi dans les salles.

Son film et quelques autres voient un boulevard s’ouvrir devant eux, mais la réaction de Vladimir Kokh n’est pas que commerciale. « Nous la considérons aussi comme un geste de solidarité vis-à-vis des exploitants avec lesquels nous sommes en contact constant, dit-il. Ils ont besoin de films à montrer. » Pourtant, tout n’est pas rose, loin de là pour ces irréductibles du Septième art comme Eurozoom qui sort Les Mondes parallèles mercredi.

La crainte de la fermeture

Leur crainte à tous est, bien évidemment la fermeture totale des salles de cinéma. « Il est certains que les multiplexes vont fermer rapidement », déclare un programmateur sous couvert d’anonymat. Pour l’instant, nous jonglons avec les films déjà sortis en attendant de voir ce qui va se passer dans les heures à venir. »

D’après cet informateur, les professionnels des salles de cinéma sont actuellement en réunion pour essayer de trouver des solutions qui seront annoncées dans les prochaines heures. Il est cependant plus que probable que la fermeture des cinémas soit décidée même si certaines petites salles promettent déjà de ne vendre que 95 billets par séance.

Et l’avenir ?

Comme le disait John Krasinski, réalisateur de Sans un bruit 2 dans un tweet publié ce jeudi annonçant le report de cette suite attendue : « On va attendre de pouvoir voir le film TOUS ensemble ». Mais ce n’est pas pour après-demain.

« Il est plus compliqué de rouvrir les salles que de les fermer, martèle notre distributeur anonyme. Le jour où l’on le fera, ce sera un signe fort pour dire qu’il n’y a plus de danger et là, il faudra espérer que les gens auront envie de se rattraper en fonçant au cinéma. » Tous semblent s’accorder pour dire que la situation peut durer plusieurs semaines qu’elle va aussi impacter d’autres secteurs comme les tournages, la postproduction et le doublage.