César 2020: En coulisses, la gêne a gagné après le sacre de Roman Polanski

COULISSES L’annonce de la victoire du réalisateur de « J’accuse » a embarrassé certains des autres lauréats

De notre envoyée spéciale à la Salle Pleyel, Caroline Vié

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Des manifestantes dénoncent l'attribution du César à Roman Polanski, à Paris le 28 février 2020.
Des manifestantes dénoncent l'attribution du César à Roman Polanski, à Paris le 28 février 2020. — CELINE BREGAND/SIPA
  • Malgré la polémique, Roman Polanski a remporté le César du meilleur réalisateur pour « J’accuse ».
  • Plusieurs lauréats ont préféré éviter la presse craignant sans doute d’avoir à s’exprimer sur ce sujet.
  • D’autres ont, en revanche, donné leur opinion.

On s’attendait à un joli scandale pour la 45e cérémonie des César et on n’a pas été déçus ! Le trophée de meilleur réalisateur remporté par Roman Polanski (absent comme toute son équipe) a été comme un coup de tonnerre dans la salle de presse où la plupart des lauréats sont venus exprimer leur bonheur en serrant leur statuette contre leur cœur.

« Ce César est un encouragement qui prouve qu’on peut raconter des histoires dures et les faire apprécier par un large public », avouait Mounia Meddour, lauréate pour le meilleur premier film avec l’excellent Papicha, à 20 Minutes. Sa comédienne Lyna Khoudry, meilleur espoir féminin, se félicitait de « se voir récompensée pour un rôle de femme courageuse et prête à se battre pour exister. » On aurait alors pu croire que la soirée était lancée sur un mode résolument féminin.

Prudents ou pressés

Tout a basculé d’un seul coup avec l’annonce du César du meilleur réalisateur pour Roman Polanski.

Certains récipiendaires, prudents ou pressés, tels Jérémy Clapin pour le sublime film d’animation J'ai perdu mon corps, ont carrément boudé les journalistes ou ont fait passage éclair. Ladj Ly, largement – et justement – récompensé pour Les Misérables n’a pas trouvé le temps de répondre à nos questions. Peu de gagnants se sont montrés cette année, peut-être par peur d’être questionnés sur les diverses polémiques.

Heureux d’être là

Roshdy Zem, récompensé pour Roubaix, une lumière, est la classe personnifiée. Il était visiblement comblé de serrer son trophée contre son cœur et avouant : « Je ne m’y attendais pas même si tout le monde me le prédisait ! ». Même son de cloche pour Anaïs Demoustier, émouvante dans son émotion pour parler d’Alice et le Maire qui lui a valu le César de la meilleure actrice. « C’est un bonheur d’être récompensée pour ce personnage qui marque un tournant dans ma carrière, celui d’une femme forte qui est sur un pied d’égalité avec le héros. »

Dans le vif du sujet

Swann Arlaud, meilleur second rôle pour Grâce à Dieu, a été très clair et n’a pas mâché ses mots. Il est intervenu juste après l’annonce du prix décerné à Roman Polanski « Je comprends la réaction d’ Adèle Haenel quand elle a quitté la salle après l’annonce du prix !, déclarait-il. Comment ne pas la comprendre après avoir tourné Grâce à Dieu qui évoque les victimes de la pédophilie. Je n’en reviens pas de ce qui se passe. » Nicolas Bedos, célébré pour le scénario de La Belle époque était moins disert. « En tant qu’homme, je ne me sens pas le droit de réagir » nous a-t-il dit.

Fanny Ardant, seule contre tous

Quant à la merveilleuse Fanny Ardant, récompensée elle aussi pour La Belle époque, elle a osé prendre la défense de Roman Polanski. « Je l’aime beaucoup, nous a-t-elle confié. Et je dois reconnaître que j’ai tendance à me placer du côté de celui qui est seul contre tous. » La salle de presse s’est ensuite rapidement vidée tandis que chacune et chacun partageait sa sidération de voir le réalisateur de J’accuse triompher. « C’est dingue, soupirait un appariteur Il doit être content Polanski ! ». Sans doute mais on ne peut pas dire que tout le monde partage sa joie. Au sortir des César, le silence un peu gêné était roi.