César 2020: Pas facile de savoir qui va l'emporter cette année

PRONOSTICS Quelques heures avant la cérémonie de ce vendredi à la salle Pleyel et en clair sur Canal+, « 20 Minutes » se lance dans des pronostics… pas simples à établir

Caroline Vié
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« J’ai perdu mon corps » de Jérémy Clapin
« J’ai perdu mon corps » de Jérémy Clapin — Rezo Films
  • La cérémonie des César devrait se révéler particulièrement passionnante cette année.
  • Les concurrents de qualité sont tout aussi nombreux que les polémiques qui entourent certains d’entre eux.
  • Plus que jamais, les résultats donneront un état des lieux du cinéma français.

Les César, c’est ce vendredi soir à partir de 21 heures en clair, sur Canal+. Cette année, le suspense est au rendez-vous plus que jamais sur fond de polémique et de démission du conseil d’administration. L’ambiance risque d’être électrique et la cérémonie pourrait tourner au pugilat dans la salle Pleyel avec la maîtresse de cérémonie Florence Foresti et la présidente Sandrine Kiberlain comme arbitres.

Au jeu des pronostics, pas des plus simples cette année, 20 Minutes qui a cuisiné pas mal de membres de l’Académie, verrait bien J’accuse de Roman Polanski (12 nominations) repartir bredouille, Les Misérables de Ladj Ly (11 nominations) se contenter du meilleur premier film et les trois autres favoris - La Belle époque de Nicolas Bedos (11 nominations), Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (10 nominations) et Grâce à Dieu de François Ozon (8 nominations) – se partager l’essentiel du gâteau.

Meilleur film : « Grâce à Dieu »

Allez, osons un truc et parions pour le film de François Ozon gagnant. Grâce à Dieu pourrait en effet créer la surprise en fédérant le maximum de votants. Ce film sur les scandales pédophiles dans l’Eglise est non seulement un grand moment de cinéma mais aussi une œuvre militante. Les Misérables de Ladj Ly a aussi de grandes chances de l’emporter, vu le contexte social actuel et le vent de renouveau qu’il ferait souffler sur l’Académie. A moins que tout le monde se rabatte sur le consensuel (mais réussi) Hors Normes du duo Eric Nakache et Olivier Toledano…

Meilleur réalisateur : Céline Sciamma

Allez, jouons la carte de la réalisatrice gagnante ? Récompenser Céline Sciamma pour le bouleversant Portrait de la jeune fille en feu donnerait un signal fort, prouvant que les votants ne sont pas sexistes et qu’ils sont prêts à honorer une cinéaste brillante et féministe. Donner le trophée à Roman Polanski pour J’accuse ferait scandale, quelles que soient les qualités du film, tout le monde n’étant pas prêt à dissocier l’homme de l’artiste. Cela signifiait également que le mouvement #Metoo a glissé sur les votants sans les toucher.

Meilleure actrice : Adèle Haenel

Là aussi, donner un prix à Adèle Haenel pour Portrait de la jeune fille en feu serait un acte militant marquant l’admiration qu’on peut ressentir pour l’actrice et la femme courageuse qui a osé dénoncer les violences sexuelles. Les votants peuvent pourtant décider de la bouder en la trouvant trop radicale. Adèle Haenel ne s’est pas que des amis en prenant la parole. Certains lui préféreront peut-être sa partenaire Noémie Merlant ou la merveilleuse Eva Green, touchante maman astronaute dans Proxima d’Alice Winocour.

Meilleur acteur : Roshdy Zem

Roshdy Zem en policier humaniste domine clairement ses confrères et a donc toutes les chances de son côté pour Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin. Là, pas de polémique en vue : il est donné grand favori. On chuchote que Daniel Auteuil pourrait surprendre avec son rôle de grand amoureux vieillissant dans La Belle époque. En revanche, personne ne croit aux chances de Jean Dujardin, pourtant épatant en redresseur de torts pour J’accuse.

Meilleur second rôle masculin : Denis Ménochet

Ça se bouscule un peu dans cette catégorie. Denis Ménochet est merveilleux en victime d’un prêtre pédophile dans Grâce à Dieu et son partenaire Swann Arlaud l’est tout autant en écorché vif à l’enfance volée. Les votants vont avoir du mal à les départager. A moins qu’ils ne préfèrent la fantaisie de Benjamin Lavernhe en meilleur ami tordant pour Mon inconnued’Hugo Gélin car un petit moment de légèreté a de quoi séduire.

Meilleur second rôle féminin : Fanny Ardant

Il y avait longtemps que Fanny Ardant n’avait pas été aussi remarquable que dans La Belle époque. Epouse déçue et un brin garce, elle est aussi drôle que touchante face à Daniel Auteuil et devrait devancer les autres nommées. A moins que Josiane Balasko, étonnante en maman compréhensive et militante d’un enfant victime de pédophilie dans Grâce à Dieu soit distinguée. Sa performance discrète et sobre est l’un des points forts du film de François Ozon.

Meilleur premier film : « Les Misérables »

Le règlement est clair. Pour éviter un doublon comme celui de Les garçons et Guillaume à table!, les œuvres ne peuvent plus cumuler les statuettes du meilleur film et du meilleur premier film. Si Les Misérables remporte ce trophée, on saura que Ladj Ly n’aura pas la récompense suprême. Si Les Misérables n’est pas couronné comme premier film, la statue pourrait donc échoir à l’excellent Papicha de Mounia Meddour sur l’émancipation des femmes à Alger. On peine à imaginer que Les Misérables reparte bredouille.

Film étranger : « Parasite »

Et le gagnant est… Roulement de tambour : Parasite de Bong Joon-ho ! Comme à Cannes, aux Oscars et presque partout ailleurs… Mais il n’est pas impossible que la sombre comédie familiale se fasse damer le pion par un outsider : Douleur et gloire de Pedro Almodóvar. Le réalisateur espagnol est très populaire en France, sa semi-autobiographie est géniale et chacun sait que les Français ne font jamais rien comme tout le monde !

Meilleur film d’animation : « J’ai perdu mon corps »

Alors là, on vous le dit tout net, le César n’échappera pas à Jérémy Clapin pour J'ai perdu mon corps. C’est vraiment le choc de l’animation française de l’année. Grand prix à Annecy et à la Semaine de la Critique cannoise, ce petit bijou sur les aventures d’une main tranchée et son propriétaire est si original qu’il devrait devancer Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec sur la destinée d’un couple soumis au régime taliban.

Prix du Public : « Hors normes »

Cette année, le box-office n’est plus le seul critère pour décerner le Prix du public. Les membres de l’Académie doivent les départager les lauréats par un vote. Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron pourrait bien voir le trophée lui passer sous le nez malgré ses 6,8 millions d’entrées. On verrait bien Hors Normes et ses 2,1 millions de tickets vendus gagner. La présence de Vincent Cassel et Reda Kated en vedettes comme sa générosité dans la description d’une association venant en aide aux autistes lui donner tous les atouts pour triompher.