« L’Académie des César va être organisée pour être plus juste », espère le réalisateur Louis-Julien Petit

INTERVIEW Le réalisateur Louis-Julien Petit, à qui l’on doit les films Les Invisibles et Discount, revient sur la démission surprise du conseil d'administration de l'Académie des César

Mathilde Loire

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Louis-Julien Petit, réalisateur des Invisibles, a signé la tribune réclamant une réforme de l'Académie des Césars.
Louis-Julien Petit, réalisateur des Invisibles, a signé la tribune réclamant une réforme de l'Académie des Césars. — LAMACHERE/SIPA

Le futur de l'Académie des César est incertain. La direction de l’institution, présidée par le producteur Alain Tézian depuis 2003 ; a annoncé ce jeudi soir sa « démission collective » en pleine crise de fonctionnement, deux semaines avant la 45e édition de la cérémonie annuelle, qui se déroulera le 28 février. Une assemblée générale de l’Association pour la promotion du cinéma (Académie des arts et technique du cinéma) aura donc lieu après la 45e cérémonie, pour élire une nouvelle direction et modifier les statuts de l’organisation. Le but : moderniser son fonctionnement, jugé obsolète.

Cette démission répond à un contexte de crise : tandis que la polémique autour du film de Roman Polanski fait rage, 200 personnalités du cinéma français (Omar Sy, Leïla Bekhti, Marina Foïs, etc.) dénoncent l’opacité de l’institution dans  une tribune publiée ce lundi sur le site du Monde. Une grogne qui s’est cristallisée après le refus jugé « arbitraire » de l’Académie de laisser deux « marraines », Virginie Despentes et Claire Denis, choisie par de jeunes acteurs, les accompagner au dîner des Révélations le 13 janvier. Le réalisateur Louis-Julien Petit, signataire de la tribune, détaille ces problèmes de transparence pour 20 Minutes.

Comment réagissez-vous à la démission de la totalité du CA de l’Académie des Césars ?

L’annonce de la démission d'Alain Terzian et de son comité directionnel est une nouvelle positive. La refonte de l’association va se faire sous la tutelle du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et de son président Dominique Boutonnat, qui a la charge de consulter et d’accompagner la réorganisation de l’Académie, pour qu’elle soit plus juste, transparente et équitable. C’est le début d’une transparence que nous sommes maintenant plus de 600 ou 700 [signataires] à demander. C’est toujours agréable de se sentir écoutés.

Quel genre de profil souhaiteriez-vous voir à la présidence de l’association ?

Comme les membres du comité directionnel vont être remplacés, j’espère que cela va permettre plus de jeunesse, plus de parité, plus de mixité… J’aimerais en tout cas que les profils soient connus de l’Académie. Il faut qu’il y ait un vote, et plus de communication, que l’on consulte les membres, comme dans n’importe quelle association.

Qu’est-ce que vous attendez de la refonte du fonctionnement de l’Académie des César ?

Ce qu’on espère, c’est une remise à plat de la direction de l’Académie, comme les statuts d’une association loi 1901 l’exigent. Nous avons besoin d’une direction représentative du cinéma d’aujourd’hui. Les membres devraient avoir le droit de vote et ça n’a jamais été le cas. Mais il y a d’autres interrogations sur l’opacité, qui n’ont toujours pas été levées. Qui sont les 4.700 membres de l’Académie ? Je demande en tant que membre que cette liste soit publique, que l’on sache qui sont ces 4.700 personnes. Il faut rendre les votes publics, comme aux Oscars et au Bafta, que l’on sache combien de pourcentage de voix un film a obtenu. C’est très important, je pense.

Et puis il y a les DVD [les DVD des films de l’année éligibles aux César, envoyés aux votant]. Il n’y a que 180 DVD dans ce coffret : il faut payer 6.500 euros brut par distributeur pour y être. Qu’est-ce qu’on fait des 180 autres films qui existent, qui ne sont pas dans le coffret, ne sont pas éligibles ? Un film sur deux n’est pas éligible aux César, parce qu’ils ne peuvent pas payer. Ça, ce n’est pas équitable. Je rêverais d’avoir tous les films de l’année en consultation, peut-être par des liens.

Les griefs contre l’opacité de l’Académie ne datent pas de cette année. Est-ce que c’est la polémique autour des parrainages des révélations qui a provoqué ce mouvement ?

Oui, c’est cette injustice… Moi, ce qui m’a fendu le cœur, c’est ce jeune acteur, Jean-Christophe [Folly] qui ne s’est pas rendu à cette soirée parce qu’il voulait sa marraine [Virginie Despentes] et que ça n’a pas été le cas, parce qu’elle n’était pas au courant. Donc, il s’est privé de cette soirée ! Il faut que tout le monde ait cette chance d’être parrain ou marraine. D’autres personnes n’ont pas pu l’être, la liste est longue. Aujourd’hui, je me réjouis que tout cela soit remis en question. Je souhaiterais que l’année prochaine il n’y ait pas de positionnement de l’Académie sur untel ou unetelle. On ne fait « que » du cinéma, il faudrait un peu plus d’humilité.

Le manque de diversité dans les cérémonies des César est une fois de plus pointé du doigt. Comment peut-on faire pour améliorer cela ?

La problématique, c’est de savoir qui sont les membres. Tout revient à ça. Les résultats ne sont pas publics, on ne peut donc pas apprécier les raisons pour lesquelles un film est nommé ou pas. Aux Oscars il y a des collèges de votants, on a des statistiques. Là, on ne sait rien. Monsieur Terzian a déclaré qu’il voulait plus de parité, que s’il y avait plus de parité dans l’Académie Polanski n’aurait pas eu autant de nominations. Mais ça ne tient qu’à lui de dire cela, comme le vote n’est pas public. On vote sur une interface, mais personne ne vérifie l’identité des votants, ma grand-mère aurait pu se faire passer pour moi !

Quelle conséquence cette crise peut-elle avoir sur la cérémonie des Césars qui aura lieu dans deux semaines ?

Certains disent que cette démission va apaiser les tensions, mais je ne le pense pas. Il y a un gros dossier et il y a plein de petits dossiers dans le gros dossier. On s’est battus pour redorer l'image de cette statuette mais plein de choses ne sont pas réglées et elles ne le seront sans doute pas le 28 février. Malheureusement, je me dis que la cérémonie 2020 aura un goût amer.