Oscars : Comment des villages du Pas-de-Calais se sont retrouvés au cœur de l’intrigue de « 1917 »

CINEMA L’intrigue du film de guerre britannique « 1917 », qui pourrait être le grand gagnant des Oscars, se passe dans le Pas-de-Calais même si aucune scène n’a été tournée sur place

Francois Launay

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Cinéma: Comment des villages du Pas-de-Calais se sont retrouvés au cœur de «1917» — 20 Minutes
  • Le film 1917 pourrait bien être le grand vainqueur de la cérémonie des Oscars qui se déroule dimanche 9 février à Hollywood.
  • L’action se passe dans les champs de bataille du Pas-de-Calais lors de la Première Guerre mondiale.
  • Si plusieurs villages du Pas-de-Calais sont plus qu’évoqués dans le film, aucune scène n’a été tournée sur place.

Le film fait un carton dans le monde entier. Au box-office, 1917 a déjà atteint les 250 millions de dollars en un mois d’exploitation. Un succès commercial, populaire mais aussi critique. Nommé dans dix catégories, le film réalisé par Sam Mendes pourrait bien être le grand vainqueur des Oscars ce dimanche 9 février à Los Angeles.

Très loin des paillettes et du tapis rouge, à 10.000 kilomètres d’Hollywood, le village d’Ecoust-Saint-Mein et ses 500 habitants seront très attentifs aux résultats. L’intrigue de 1917 se passe en effet dans et autour de ce village du Pas-de-Calais entièrement détruit pendant la Première Guerre mondiale car situé aux abords proches des tranchées de l’Artois.

Aucune scène du film n’a été tournée sur place

Si le village possède pas moins de quatre cimetières britanniques, en hommage aux soldats tombés sur le front, aucune scène du film n’a été tournée sur place bien que des repérages aient été effectués en toute discrétion par l’équipe du film. Du coup, au village, personne n’était au courant de l’existence du long-métrage avant sa sortie dans les salles françaises mi-janvier. A partir de là, le bouche-à-oreille a fait son œuvre.

« Lors de la cérémonie des vœux, une dame est venue me voir pour me dire qu’un film parlait d’Ecoust-Saint-Mein. J’étais un peu surpris surtout qu’un tournage avait eu lieu l’an passé à côté d’ici. Renseignements pris, ça n’avait rien à voir car c’était un film avec Benoît Poelvoorde qui n’est pas encore sorti. Du coup, je suis allé voir 1917 pour me rendre compte », raconte Michel Guidez, le maire d’Ecoust Saint-Mein.

Le village d'Ecoust-Saint-Mein est au cœur de l'intrigue de «1917»
Le village d'Ecoust-Saint-Mein est au cœur de l'intrigue de «1917» - F.Launay/20 Minutes

Un film qui colle à la réalité malgré quelques incohérences de lieux

Et après visionnage, le premier magistrat a pu comparer la réalité et la fiction. Parmi les choses vraies : le cheminement géographique du personnage et les noms des villages comme Ecoust et Croisilles, à l’exception de leur prononciation. « On prononce Ecou et pas Ecouste comme le font les Anglais dans le film », sourit Michel Guidez.

Au rayon des inventions totales figure la topographie des lieux. On a eu beau chercher sur place : aucune trace d’une grande rivière et encore moins de chutes d’eau dans lequel le héros manque de se noyer dans le film. Quant au bois de Croisilles dont il est beaucoup question dans 1917, il ressemble clairement plus à un bosquet qu’à une forêt.

Voilà à quoi ressemble la grande rivière du film dans la réalité
Voilà à quoi ressemble la grande rivière du film dans la réalité - F.Launay/20 Minutes

Le récit des jours qui précèdent la sanglante bataille de Bullecourt

Reste que les spécialistes du sujet s’accordent à dire que le film est assez fidèle à ce qu’il s’est passé sur les lieux il y a plus de cent ans. « La première partie du film dans les tranchées et le no man’s land est assez précise. Rien ne m’a choqué. Au contraire, plein de choses comme le lance-fusées ou la lampe de poche utilisés par les soldats sont très fidèles à la réalité. Je ne me suis jamais dit que ça n’avait rien à faire là », reconnaît David Querin, médiateur culturel au musée de Bullecourt.

De nombreux objets d'époque sont conservés au musée de Bullecourt
De nombreux objets d'époque sont conservés au musée de Bullecourt - F.Launay/20 Minutes

Lieu d’une bataille sanglante de la Première Guerre mondiale, le village de Bullecourt, situé juste à côté d’Ecoust et Croisilles, n’est pourtant jamais mentionné dans 1917. Ce sont les jours qui précèdent la bataille (du 6 au 7 avril 1917) qui sont au cœur de l’intrigue. Même si Sam Mendes a pris quelques libertés avec la chronologie.

« Le repli allemand de la Somme vers une nouvelle ligne de front renforcée est réel mais il a duré deux mois et non une journée. Ce sont les Britanniques qui séjournaient à Ecoust et non les Allemands. En revanche, un assaut programmé des Britanniques, évoqué dans 1917, a dû effectivement être reporté, mais les soldats ne devaient pas être prévenus de la manière dont le film le raconte », souligne Gilles Durand, auteur de Bullecourt 1917, à la recherche de soldats disparus et également journaliste à 20 Minutes.

Impossible de tourner sur place car de nombreux corps sont encore enfouis

La première bataille de Bullecourt a causé la perte de plus de 3.500 hommes en six heures de combat, le 11 avril 1917. Un carnage qui explique sans doute pourquoi Sam Mendes a préféré réaliser son film en studio et pas sur les anciens champs de bataille.

L'action de «1917» se passe au beau milieu des champs de l'Artois
L'action de «1917» se passe au beau milieu des champs de l'Artois - LILO/SIPA

« C’est très compliqué de creuser des tranchées ici pour les besoins d’un film. Il y a énormément de munitions qui ont été déversées sur ce territoire. Mais il y a aussi encore plein de morts enfouis. On estime à plus de 4.000 le nombre de corps de soldats britanniques, australiens et allemands qui n’ont jamais été retrouvés. Ce sont autant de squelettes sur lesquels on peut tomber en creusant », précise Aurélie Le Cadet, responsable du musée de Bullecourt.

Du coup, tout le monde comprend sur place pourquoi le film n’a pas été tourné dans l’Artois. Reste qu’en cas de carton aux Oscars, Ecoust, Croisilles et Bullecourt espèrent profiter des retombées touristiques de 1917. Quitte à faire un rêve : celui d’accueillir Sam Mendes et toute son équipe sur les lieux du succès, même sans chutes d’eaux au rendez-vous.