« Cuban Network » : Comment Olivier Assayas a tiré le meilleur de Penelope Cruz

ESPIONNAGE Le réalisateur français Olivier Assayas dirige pour la première fois Penelope Cruz dans « Cuban Network », un film d’espionnage inspiré de l’histoire vraie d’un couple pris dans les fracas de l’histoire

Stéphane Leblanc
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Gael Garcia Bernal et Penelope Cruz dans Cuban Network d'Olivier Assayas
Gael Garcia Bernal et Penelope Cruz dans Cuban Network d'Olivier Assayas — MEMENTO
  • Olivier Assayas traite d’un épisode de la guerre froide entre Cuba et les Etats-Unis dans un film d’espionnage bien documenté, « Cuban Network », en salles ce mercredi.
  • C’est aussi une histoire d’amour, « l’histoire d’un couple dans le bruit et le fracas de l’histoire contemporaine, avec ses absurdités, ses malentendus, ses échecs… »
  • Après Asia Argento, Maggie Cheung ou Kristen Stewart, Penelope Cruz est la nouvelle star internationale qui s’affiche dans l’univers du réalisateur français.

« C’est l’histoire d’un couple dans le bruit et le fracas de l’histoire contemporaine, avec ses absurdités, ses malentendus, ses échecs… » C’est ainsi qu’Olivier Assayas définit Cuban Network, son dernier film inspiré d’une histoire vraie pleine de rebondissements. Celle d’agents chargés d’infiltrer, au début des années 1990, les groupes de dissidents anticastristes qui, de Floride, se préparent à renverser le pouvoir…

De cet épisode de la fin de la guerre froide entre Cuba et les Etats-Unis, le réalisateur français a tiré un film documenté, « mais populaire » qui tient du bon film d’espionnage et du thriller riche en rebondissements. Mais aussi en grands sentiments. Car au cœur d’une intrigue historico-géopolitique qui fait flirter Cuban Network avec le film de genre, c’est bien l’histoire d’amour tumultueuse entre deux des protagonistes joués par Edgar Ramirez – acteur vénézuélien qu’Assayas avait déjà dirigé dans Carlos – et Penelope Cruz, qui donnent sa toute sa saveur au film.

Un « pari stimulant »

Après Asia Argento, Maggie Cheung ou Kristen Stewart, Penelope Cruz est la nouvelle star féminine internationale qui a accepté de relever avec lui « le pari stimulant » comme le qualifie le réalisateur, de sortir de ce qu’elle a l’habitude de faire… « Mais il faut la convaincre, explique-t-il. Généralement, une star a une idée précise de ce qu’elle peut apporter au film, en termes de notoriété ou de financement. En retour, ce qu’elle veut entendre, ce n’est pas que le film va marcher grâce à elle, mais que le film va lui donner l’occasion de montrer une facette de sa personnalité que le public n’a jamais vue. »

Pour Penelope, c’était le visage d’une femme meurtrie qui se sent trahie… jusqu’au jour où elle découvre la double vie de son mari et les sacrifices qu’il a dû supporter pour cela. Il faut la voir jouer tous les registres de sa passion, l’incompréhension d’abord, la rage ensuite et la réconciliation pour finir, pour comprendre à quel point son personnage, relativement secondaire sur le plan de l’action, est en réalité central pour l’intensité et l’intérêt dramatique du film. « Le sujet l’intéressait, et ce rôle de femme manipulée par des événements qui la dépassent l’a passionnée. Elle l’a pris tellement au sérieux qu’elle a consacré toute la préparation du film à parler avec l’accent cubain pour être crédible. »

Bien sûr, Penelope Cruz n’est pas le seul attrait du film. Ses partenaires également, Edgar Ramirez, Gael Garcia Bernal, Wagner Moura dans les rôles de ces hommes qui « n’étaient pas des espions à la James Bond, mais des espions prolétaires, sans moyens », comme le souligne Olivier Assayas. Et qui vont être amenés à travailler pour la même cause, sans se connaître et sans forcément le savoir, ni même comprendre le jeu trouble des Américains et du FBI… Toute cette ambiguïté politico-stratégique tranche avec la franchise de la passion amoureuse. A moins que ce ne soit l’inverse. Le double jeu des agents de renseignements se transformant éventuellement en double jeu des sentiments.