« La Llorona » : Comment le cinéma fantastique peut porter un puissant message politique

HORREUR Le réalisateur de « Ixcanul » et « Tremblements » donne une nouvelle signification à une légende douloureuse dans « La Llorona » au cinéma ce mercredi

Caroline Vié

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«La Llorona» de Jayro Bustamante
«La Llorona» de Jayro Bustamante — ARP Sélection
  • « La Llorona » (littéralement « La Pleureuse ») a tué ses enfants par dépit amoureux.
  • Jaryo Bustamante a transformé ce fantôme meurtrier en justicière tentant de venger les Indiens Mayas massacrés par le gouvernement militaire au Guatemala.
  • La politique et le fantastique font bon ménage dans ce conte horrifique.

La Llorona revisite la légende de la Dame blanche qui pleure ses enfants qu’elle a tués pour punir l’homme qui l’a trahie. Le cinéaste  Jayro Bustamante transforme cette meurtrière en justicière venue demander des comptes pour le génocide des Indiens mayas au Guatemala.

Le réalisateur de Ixcanul (2015) et Tremblements(2019) s’est inspiré de l’histoire vraie du dictateur guatémaltèque Efraín Ríos Montt condamné pour génocide et crimes de guerre en 2013 puis acquitté pour une question de vice de forme. « Des années de procès ont été jetées à la poubelle en une semaine par les pouvoirs de quelques grandes familles et de l’armée », soupire le cinéaste. La Llorona (littéralement « La Pleureuse ») fait payer le militaire du film pour ses actions en lui faisant vivre un intense cauchemar dans l’immense maison où il est confiné avec sa famille.

Entre chagrin et colère

« Le film a pour ambition de parler à une population qui est totalement dans la négation, qui pense que parler du passé est une perte de temps, et qu’il faut aller de l’avant », insiste Jayro Bustamente dans le dossier de presse. Les pleurs du fantôme se mêlent aux cris de colère et aux chansons révolutionnaires de la foule qui cerne la demeure du général. Le bruit incessant du peuple furieux est particulièrement saisissant quand l’épouse du bourreau et sa fille s’asseyent au bord de leur piscine où flottent des tracts avec des photos des Indiens massacrés.

Des femmes dans la tourmente

Outre une jeune domestique mystérieuse (incarnée par la magnétique Maria Mercedes Coroy, la révélation d’Ixcanul), trois personnages féminins sont envoûtés par la Llorona. L’épouse du général qui a fermé les yeux sur ses agissements les plus écœurants, sa fille qui découvre avec horreur l’étendue de la monstruosité paternelle et sa petite fille innocente sont emportées malgré elles au cœur du récit avec le vieux militaire sombrant dans la folie.

Fantastique et politique

Jayro Bustamante continue de révéler les plaies de son pays avec ce conte où l’intrusion du fantastique est porteuse d’un puissant message politique. « Au Guatemala, les défenseurs des droits de l’homme sont discriminés et La Llorona parle aussi de ça », estime-t-il. Les frissons que cette Pleureuse fait passer dans le dos du spectateur ne l’empêchent pas de ressentir de l’empathie pour celle qui use de ses pouvoirs pour redonner une voix à un peuple qu’on a voulu réduire au silence.