« 1917 » : Sam Mendes plonge ses héros en immersion sur la ligne de front

GUERRE Le réalisateur Sam Mendes fait partager les épreuves de deux soldats en donnant l’illusion d'avoir filmé l'action de « 1917 », en salle ce mercredi, en un seul plan séquence

Caroline Vié

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«1917» de Sam Mendes
«1917» de Sam Mendes — Universal Pictures France
  • Dans « 1917 », deux jeunes soldats anglais doivent porter un message qui peut sauver bien des vies.
  • Le réalisateur de « Skyfall » immerge le spectateur dans leur épopée héroïque.
  • C’est sous la forme d’un faux plan séquence qu’il suit les deux jeunes gens.

Sam Mendes signe l’un de ses films les plus forts et les plus personnels avec 1917. Est-ce parce que son grand-père a combattu pendant ce conflit meurtrier qu’il a pris à ce point les choses à cœur ? Le spectateur a l’impression de plonger en immersion sur le front avec deux jeunes soldats porteurs d’un message qui peut sauver de nombreuses vies.

« Il est certain que les récits de mon aïeul m’ont influencé, avoue Sam Mendes à 20 Minutes. Il était soldat et ne parlait jamais de sa bravoure mais nous racontait plutôt comment il avait eu de la chance de s’en tirer ! » Pas question pour le réalisateur de s’entourer de vedettes. Hors quelques apparitions de stars comme Colin Firth ou Benedict Cumberbatch, des acteurs moins connus comme les brillants  George MacKay ou  Dean-Charles Chapman sont mis en avant. « Il était indispensable que le public les découvre pour ne pas avoir d’idées préconçues à leur sujet », dit Sam Mendes.

Une immersion totale

« Mon grand-père n’avait que 17 ans quand il est parti se battre. Je me suis demandé ce que pouvaient ressentir ces garçons pas encore adultes quand ils étaient confrontés à la mort. » Le réalisateur de Skyfall et American Beauty a gardé longtemps cette question dans sa tête avant de se lancer dans le projet. « J’étais convaincu qu’il fallait que le public se sente traqué comme les personnages, constamment menacés par divers dangers comme par le peu de temps qu’ils ont pour accomplir leur mission. » Dès les premières images, on se sent emporté dans un monde de violence dans lesquels les héros ne sont que des pions tentant de survivre.

Une décision audacieuse

Pour favoriser cette impression d’être au cœur de l’action, Sam Mendès a choisi de tourner son film en un seul  plan-séquence, ou plus précisément sans montage apparent. Il suit ainsi l’itinéraire des messagers sans qu’aucune coupure vienne interrompre le déroulé de leurs aventures. « II s’agit d’un faux plan séquence, admet-il volontiers. Nous avons tourné des plans très longs mais tout a été réalisé en plusieurs fois sur une durée de temps courte de façon à garder le même type de lumière. » L’aide du chef opérateur Roger Deakins, également collaborateur de Denis Villeneuve et des frères Coen, lui a été précieuse.

Un nouveau langage

« Nous avons tenté d’inventer un nouveau langage cinématographique car je ne voulais pas me contenter de suivre les protagonistes : je souhaitais créer un ballet entre la caméra, les héros et les paysages », précise Sam Mendes. On entre dans une danse qui entraîne dans les tranchées boueuses, dans une nature martyrisée ou dans une ville en flammes aux allures d’enfer. Chaque pas des deux jeunes gens les fait évoluer dans un univers de cauchemar parfaitement rendu par tout un attirail plus ou moins sophistiqué : filins, motos, harnais et autres dispositifs permettant de rendre les prises de vues incroyablement mobiles.

L’émotion avant tout

« Ma pire crainte était que les gens ne voient que le défi technique, que cela gomme l’émotion », avoue Sam Mendes. Le cinéaste peut se rassurer : cette course contre la montre au cœur du chaos est si prenante qu’on oublie sa virtuosité. Les votants des Golden Globes s’en sont tout de même suffisamment souvenus pour décerner deux statuettes au film et au réalisateur.