VIDEO. « Star Wars » : Comment devient-on fan de la saga ? Tout est une question de génération(s)

STAR WARS EDITION SPECIALE « Star Wars », c'est trois trilogies de films à trois époques différentes, mais aussi des romans, des séries, des jouets... et combien de générations de fans?

Vincent Julé

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Rey et Luke, la rencontre de deux générations dans «Star Wars : Les Derniers Jedi»
Rey et Luke, la rencontre de deux générations dans «Star Wars : Les Derniers Jedi» — The Walt Disney Company France
  • La saga des Skywalker touche à sa fin avec la sortie de l’épisode IX de Star Wars, L’Ascension de Skywalker, le mercredi 18 décembre.
  • En 40 ans d'existence, Star Wars compte plusieurs générations de fans, qui sont entrés dans l'univers par les films mais aussi le merchandising
  • La dernière trilogie est une trilogie de transition, avant un nouveau « Star Wars » et une nouvelle génération de fans?

 

En plus de 40 ans d’existence, la saga Star Warsa connu trois trilogies de films à trois époques différentes, sans oublier les adaptations et déclinaisons en séries, spin-offs, romans, jeux, comics, jouets… Des milliers d’histoires, canoniques ou pas, à même d’enrichir son univers. Mais pour combien de générations de fans ? Les enfants de 1977 se revoient-ils dans ceux de 2019 ? Et où sont les fans des années 2000, de la prélogie ? Dis-moi quand et comment tu as découvert la saga, et je te dirai quelle génération de fans tu es !

Une génération de cinéphiles et de cinéastes

Pour Patrice Girod, grand spécialiste de la franchise, rédacteur en chef de feu Lucasfilm Magazine et directeur des expositions de ScienceFictionArchives.com, Star Wars est avant tout « un film de cinéma » : « Il faut se remettre dans le contexte de l’époque. En 1977, quand vous avez 10 ans, le cinéma est fait pour les adultes. Les enfants n’ont le droit qu’aux Disney, Nounours, et au mieux, Cosmos 1999. Seul Les Dents de la mer a ouvert une brèche vers un nouveau marché : les adolescents. Mon grand frère m’emmène donc voir La Guerre des Etoiles, c’était la sortie du week-end, et là, le choc pour toute une génération. Il y avait un tel delta avec ce qu’on avait l’habitude de voir : le spectacle, la technologie, le conte mythologique moderne… Mais la vraie révolution est que nous avons essayé de comprendre comme c’était possible, comment un homme, George Lucas, avait réussi à faire un tel film. Livres, making-of, story-board, montage… Le premier Star Wars a créé une génération de cinéphiles, mais aussi de cinéastes, comme J.J. Abrams. »

« Star Wars », c’est une promesse : le prochain épisode sera encore meilleur

Comme si cela ne suffisait pas, trois ans plus tard, sort L’Empire contre-attaque. « Rebelote, George Lucas marque à nouveau l’histoire, commente Patrice Girod. Des suites, il y en avait déjà peu, et l’exemple le plus emblématique était la série des films La Planète des singes, citée comme référence par Lucas lui-même, soit un premier grand film, et des suites avec de moins en moins d’argent, et de moins en moins de succès. Or, la seconde Guerre des Etoiles est meilleure que la première, déjà exceptionnelle. L’Empire contre-attaque devient la pierre angulaire de tout Star Wars, sans lui, pas sûr qu’on parlerait encore de la saga. Il acte une promesse : le prochain épisode sera meilleur que le précédent. Une promesse qui n’a jamais été vraiment tenue, et ce dès Le Retour du Jedi, et avec laquelle Disney doit se dépêtrer encore aujourd’hui. » Le spécialiste rappelle aussi qu’à l’époque, s’enchaînaient les sorties de futurs grands classiques : Superman, Tron, E.T., Blade Runner… « On les consommait comme du divertissement, sans se rendre compte qu’on était élevés au caviar, alors qu’aujourd’hui, les films hollywoodiens ressemblent plus à des hamburgers. On a connu une époque bénie, unique dans l’histoire du cinéma, l’équivalent de la période des Impressionnistes en peinture. »

« Un papa et son fils peuvent débattre de Yoda à table »

Lors de sa sortie en 1999, on ne peut pas dire que La Menace fantôme, le premier épisode de la prélogie, marque à son tour le cinéma. Un euphémisme nommé Jar Jar Binks. Mais crée-t-il une nouvelle génération de fans ? Pour Patrice Girod, la passation s’est faite avant, du temps des VHS usées mais aussi de l'Edition Spéciale pour les 20 ans de la saga : « Les fans de la première heure redécouvraient les films avec leurs enfants et imposaient Star Wars comme une histoire transgénérationnelle. Et je dis bien une seule et même histoire. Un papa de 40 ans et son fils de 16 ans peuvent parler de Yoda à un coin de table, ils se comprennent. »

L’auteur du Geektionnaire Star Wars reconnaît que la prélogie a eu moins d’impact que les premiers films, « parce que le tout Hollywood avait rattrapé technologiquement George Lucas. Il aurait peut-être pu, dû, garder cette avance en continuant sa saga juste après Le Retour du Jedi, quitte à faire appel à des Robert Zemeckis, James Cameron ou Ron Howard. » L’outil technologique a toujours fasciné Lucas, plus que l’oeuvre cinéma elle-même. « Si La Guerre des Etoiles est considérée aujourd’hui comme un film académique, maintes fois copiée, il était quasi expérimental pour l’époque, continue l’expert. Une expérimentation qui a trouvé et touché le grand public. La Menace fantôme n’est pas autre chose, il a voulu pousser la technologie, le tout numérique, et proposer quelque chose de nouveau, en termes d’histoire et aussi d’univers. Mais le public n’était pas au rendez-vous, et c’est pourquoi il lui a redonné ce qu’il voulait dans les épisodes suivants. »

La transmission ne se fait plus seulement par les films

Il faut aussi se rendre compte que la transmission ne se faisait, et ne se fait plus seulement par les films, mais aussi par le merchandising, les jouets. « Découvrir Star Wars pour la première fois avec l’Episode I, c’était pratiquement impossible, déclare Patrice Girod. Un ami à moi, plus jeune, s’est vu offrir Obi-Wan Kenobi en jouet, et lorsqu’il voyait la figurine, la boîte, il pensait que c’était une personne historique, ayant vraiment existé. Il n’avait pas vu les films. Pas besoin. Star Wars appartient à la culture populaire, est partout. Le passage d’une génération à l’autre se fait autant par les films que par les séries animées, les produits dérivés, et les Lego. Il ne faut pas les oublier. C’est pourquoi le fandom est disparate. Chacun aime son Star Wars. »

Avec sa nouvelle héroïne Rey, son réalisateur sauveur de franchises (Mission : Impossible, Star Trek) et un retour aux fondamentaux, le bien nommé Le Réveil de la Force avait tout pour « réveiller » une nouvelle génération de fans. L’expert ès Star Wars accorde le sang neuf, la jeunesse, le dynamisme à la nouvelle trilogie, mais pointe aussi l’absence de prise de risques. Pour l’instant. « La différence est que Disney dit à ses réalisateurs : "Il nous faut un nouveau Star Wars", là où George Lucas voulait juste raconter son histoire, faire un bon divertissement pour enfants. L’éducation est très importante pour lui, il a créé une fondation, investi beaucoup d’argent. Avec Star Wars, il donnait des codes très simples aux enfants pour s’épanouir, s’affranchir. Des codes que je ne retrouve plus dans la nouvelle trilogie. Rey maîtrise la Force sans s’entraîner ? Quel est le message ? Une métaphore de notre époque, du tout immédiat ? »

Et si le meilleur était à venir pour les fans ?

Si cette dernière trilogie ne manque de personnages emblématiques et de nouveaux role models, elle semble en revanche manquer de cohérence, de vision. « Disney avance film par film, réagit Patrice Girot. J.J. Abrams a posé un univers avec le premier film, que Rian Johnson a défait avec le second, et Abrams revient pour refaire, retricoter. La majorité des blockbusters partent en production comme ça, dans l’urgence, car Hollywood est un ogre à nourrir, mais ils auraient pu se poser quelques jours pour penser un canevas. C’est ce qu’ont fait George Lucas et Steven Spielberg pour Indiana Jones. »

Le fan de la première heure n’est pas pour autant amer : « Il s’agit d’une période de transition, d’une trilogie de transition, Disney ne reprend pas seulement le sabre laser, il tue le père, George Lucas, pour laisser la place aux créateurs, pour qu’ils se réapproprient son univers. Le meilleur de Star Wars est peut-être à venir. » Et avec lui, une nouvelle génération de fans ?