« Nicky Larson », « c’est comme un bon bol de ramen » : Le film de Philippe Lacheau séduit les spectateurs japonais

IMPORT-RÉEXPORT L’adaptation française du dessin animé nippon est sortie dans les salles japonaises le 29 novembre

A Tokyo, Mathias Cena

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Philippe Lacheau dans «Nicky Larson»
Philippe Lacheau dans «Nicky Larson» — Sony Pictures Releasing France

Quand les fans français criaient au scandale avant même la sortie du Nicky Larson de Philippe Lacheau, les internautes nippons se montraient curieux et enthousiastes. Dix mois après l’Hexagone, où le film a finalement dépassé les 1,6 million d’entrées, les Japonais peuvent découvrir en salles depuis vendredi dernier l’adaptation sur grand écran du manga et du dessin animé culte City Hunter. Et les premières réactions sont très positives.

Sur Internet, ceux qui ont vu le film rendent hommage à la fidélité de l’histoire et des personnages au manga de Tsukasa Hojo et à sa version dessin animé des années 1980-90, également diffusée en France dans le Club Dorothée. Beaucoup saluent l’implication du scénariste-réalisateur-acteur principal Philippe Lacheau qui est allé jusqu’à prendre huit kilos de muscle pour incarner Nicky Larson. Dans un court portrait de Lacheau, l’hebdomadaire Shukan Bunshun rappelle que le Français, né en 1980, est tombé amoureux de l’œuvre de Hojo en découvrant le dessin animé dans son enfance.

« La France est devenue Shinjuku ou quoi ? »

Projeté seulement dans 102 salles japonaises, son film a attiré pendant les trois premiers jours d’exploitation 38.676 spectateurs et engrangé 47,9 millions de yens (397.000 euros) de recettes, se classant au 8e rang des films les plus vus le week-end dernier. Il arrive par ailleurs en tête du classement des spectateurs satisfaits la semaine dernière, selon un sondage réalisé à la sortie des salles, avec 92,8 % de satisfaction.

Sur Twitter aussi, les critiques sont dithyrambiques :

« J’ai beaucoup ri ! Ça ne manque pas de passages coquins et les « mokkori » s’enchaînent, les scènes d’actions sont très bien tournées, on ne s’ennuie pas du tout ! Un film adapté d’un manga qui soit réussi à ce point, c’est la première fois. Je suis vraiment heureux que "City Hunter" soit aussi aimé en France. »

« C’est quoi cette réalisation extraordinaire ? La France est devenue Shinjuku [le quartier de Tokyo où se déroule l’action du manga et de l’anime] ou quoi ? Ça se passe à Monaco et tout le monde est français mais pas de doute, c’est vraiment "City Hunter". Il y a même la chanson "Get Wild" à la fin [morceau mythique qui était au générique de fin de la première saison du dessin animé]. Jusque dans les moindres détails on sent l’amour pour City Hunter. C’est un prodige. »

Le film de Philippe Lacheau est même comparé au nouveau long-métrage animé City Hunter, sorti en salles au Japon en février et en France en juin dernier, dans une élogieuse métaphore culinaire :

« Voir le long-métrage animé, c’était comme retourner trente ans après dans un restaurant qu’on aimait bien, et se faire servir un plat dont le goût n’avait pas changé depuis. Mais ce film en prises de vue réelles, c’est comme aller en France dans un restaurant japonais, commander des ramen, et ce qu’on vous sert n’est pas une imitation, mais les vrais ramen de Jiro [une chaîne de restaurants de nouilles populaire au Japon] ».

« Quand j’ai reçu le scénario je pensais que ça allait être juste comique »

Gage précoce de qualité, le projet du réalisateur français avait été validé en amont par le mangaka Tsukasa Hojo, soucieux de protéger son œuvre : « Je savais que City Hunter était populaire en France, et je me disais bien qu’un jour ou l’autre une proposition de film viendrait de là, j’étais même surpris que ce ne soit pas plus tôt », a raconté l’intéressé lors d’une conférence de presse commune avant la sortie nipponne. « Quand j’ai reçu le scénario je pensais que ça allait être juste comique mais en le lisant j’ai été vraiment impressionné. C’était tellement fidèle à l’esprit de City Hunter que j’ai donné mon autorisation sans hésiter. »

Le doublage japonais de qualité (le film est visible uniquement en version traduite) a sans doute également joué un rôle dans le succès de cette production, faisant le lien chez les spectateurs entre le jeu des acteurs français et le souvenir de l’anime japonais et de son ambiance. Akira Kamiya, voix légendaire de Nicky Larson dans tous les dessins animés, a d’abord été approché pour doubler Philippe Lacheau dans le rôle-titre, mais dit avoir préféré renoncer devant la difficulté de prêter sa voix à un acteur plutôt qu’à un Ryo Saeba – le nom japonais du personnage – animé. Il fait malgré tout une apparition dans le film dans un petit rôle (le personnage de M. Mokkori), tandis que Philippe Lacheau est doublé par Koichi Yamadera, la « voix » japonaise de Will Smith, Brad Pitt, Jim Carrey, Jean-Claude Van Damme et bien d’autres.

D’autres doublures voix japonaises du dessin animé original reprennent leur personnage dans le film, notamment celles du frère de Laura/Kaori, de Mammouth/Umibozu et du lieutenant Hélène Lamberti/Saeko Nogami. « C’est difficile de doubler des films étrangers et on a souvent un malaise en entendant les voix japonaises par-dessus, mais là pas du tout. J’ai trouvé que le résultat était très naturel », salue Tsukasa Hojo.