« It Must Be Heaven » : Le Palestinien Elia Suleiman mise sur l'humour pour décrire l'état du monde

COMEDIE Le réalisateur du « Temps qu'il reste » offre une nouvelle œuvre aussi drôle que grave avec « It Must Be Heaven » au cinéma ce mercredi

Caroline Vié

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Elia Suleiman dans son film «It Must Be Heaven»
Elia Suleiman dans son film «It Must Be Heaven» — Le Pacte
  • Elia Suleiman joue un homme qui lui ressemble dans « It Must Be Heaven », récompensé à Cannes cette année.
  • Son personnage de cinéaste cherche à la fois un financement pour son nouveau film et une ville accueillante.
  • Il donne à rire et à réfléchir avec ce film teinté de burlesque.

Elia Suleiman aurait sans doute mérité davantage qu’une mention spéciale du jury du Festival de Cannes pour It Must Be Heaven, comédie qu’il décrit comme « drôlement désespérée et désespérément drôle ». Il y incarne un certain « ES », cinéaste en quête de financement pour son nouveau film et d’un endroit où se sentir enfin chez lui.

« ES, c’est évidemment moi et cela m’a semblé évident que je devais incarner le rôle », confie-t-il à 20 Minutes. Silhouette mutique évoluant ans un monde frappé de folie, le cinéaste palestinien fait immanquablement penser à Buster Keaton ou à Jacques Tati. « Je me reconnais dans ces références, avoue-t-il. Keaton pour mon personnage, Tati pour l’atmosphère. »

Nulle part chez lui

Le cinéaste cinéphile n’hésite pas à citer d’autres réalisateurs qui l’ont marqué tels Aki Kaurismäki ou Takeshi Kitano. « Mon film est aussi violent que ceux de Kitano et mon personnage tout aussi flegmatique, même s’il y a moins de sang », plaisante-t-il. Violent, It Must Be Heaven l’est discrètement dans ce qu’il montre de l’absurdité et la dureté du monde où son personnage évolue, solitaire. Ni la Palestine, ni Paris, ni New York qu’il visite ne lui offrent le refuge qu’il recherche. « Cela correspond à ma vie, avoue-t-il. Je ne me sens chez moi nulle part. »

Promenons-nous avec Elia Suleiman

L’humour du cinéaste tend vers le burlesque, ce qu’il assume à 200 %. « J’aime l’idée d’un film presque sans dialogue, dit-il. J’aimerais que le spectateur se promène avec moi, qu’il sourit puis que des images et des idées lui reviennent plus tard. C’est ce que j’aime ressentir quand je vais au cinéma. » Avec Elia Suleiman, le monde devient poésie quand il montre des New-Yorkais se promenant avec poussettes et armes à feu ou quand il croise un couple de touristes japonais égarés dans un Paris désert ou toute une brigade de policiers missionnés pour mesurer la terrasse d’un café.

Trouver sa place

Suivre ce candide en chapeau de paille fait un bien fou par sa fraîcheur, qu’il se moque en silence d’un voisin palestinien voleur de citrons ou, à Paris, d’un producteur français qui voudrait le faire entrer dans des cases pour accepter de financer son film, ou pas. Son regard tendre et triste se teinte de suffisamment d’ironie pour faire penser sans déprimer. On aime It Must Be Heaven en le regardant, puis, comme l’espère Elia Suleiman, en repensant souvent à cette œuvre originale partagée entre amour des humains et inquiétude au sujet d’un monde dans lequel le réalisateur tente de trouver sa place.

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