« Chanson douce »: « Jouer une femme parfaite, qui sent bon et qui a toujours raison » n'intéresse pas Karine Viard

INTERVIEW Karin Viard fait très peur en nounou inquiétante dans « Chanson douce », adaptaté du roman de Leila Slimani, prix Goncourt 2016, en salle ce mercredi

Caroline Vié

— 

Karin Viard dans «Chanson douce» de Lucie Borleteau
Karin Viard dans «Chanson douce» de Lucie Borleteau — StudioCanal
  • Karin Viard incarne une nounou qui a la garde de deux jeunes enfants dans « Chanson douce ».
  • Elle inquiète immédiatement en s’immiscant dans la vie d’un jeune couple.
  • Cette adaptation du Prix Goncourt 2016 lui permet de livrer une composition magistrale.

En lisant Chanson douce, le roman de Leïla Slimani lauréat du prix Goncourt,  Karin Viard rêvait déjà d’incarner cette nounou prête à sombrer dans la folie. L'actrice a concrétisé ce désir sous la direction de Lucie Borleteau qui signe ici son premier long-métrage.

Et la voilà qui entre au service d’un couple incarné par Leïla Bekhti et Antoine Reinartz et se rend vite indispensable auprès de leurs deux enfants. Mais la relation finira par mal tourner comme dans le fait divers américain de 2012 qui a inspiré le roman et le film. Karin Viard s’est confiée à 20 Minutes sur cette performance qui impressionne autant qu’elle glace le sang. L'actrice est tout bonnement époustouflante !

Qu’est-ce qui vous a intéressée dans cette histoire ?

La façon dont la nounou finit par retenir le couple en otage. Elle s’infiltre dans leurs vies au point qu’ils ne peuvent plus se passer d’elle. Ils n’osent plus rien lui dire de peur que ce soit mal pris.

Comment avez-vous conçu votre personnage ?

Il fallait que je la rende inquiétante sans pour autant rouler des yeux. Ce qui m’intéressait en lisant le roman, c'était le cheminement, pas le résultat. En amont, j’ai basé ma réflexion sur l’idée de faire sentir qu’elle pouvait péter un câble à tout moment.

La violence de cette femme ne vous a pas fait peur ?

Jouer une femme parfaite qui sent bon et qui a toujours raison ne m'intéresse pas. J’aime investir des terrains sombres. Ce sont des rôles qui sont amusants parce qu’ils permettent de traquer les recoins sombres de ma personnalité.

Les séquences où vous êtes seule à l’écran ont-elles été plus difficiles à jouer ?

J’ai beaucoup apprécié de faire exister cette femme dans son intimité comme si on était au théâtre. Cela donne au spectateur l’impression d’être un voyeur en lui faisant partager la solitude totale de l’héroïne.

Et les scènes avec les enfants ?

Jouer avec des enfants et surtout des bébés implique que vous vous mettez à leur service plutôt que l’inverse. C’était incroyable : j’avais parfois l’impression d’être un chef d’orchestre et qu’ils me laissaient les diriger. J’ai trouvé ça miraculeux.

Aviez-vous déjà ressenti une telle angoisse face à une nounou ?

Confier mes filles à une inconnue et me lever tôt le matin ont été mes deux grands traumatismes de mère ! C’est fou de se dire qu’on laisse ce qu’on a de plus précieux à une personne étrangère à sa famille. Cela demande une confiance incroyable.