VIDEO. « Les Misérables », « La Haine », « Les Invisibles »… Ces films qui ont eu un vrai impact politique

POLITIQUE Emmanuel Macron s’est dit « bouleversé » par « Les Misérables » de Ladj Ly, et a demandé au gouvernement d’agir vite pour la vie dans les quartiers. Ou comment un film peut avoir un impact populaire et politique

Vincent Julé

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«Les Misérables» de Ladj Ly
«Les Misérables» de Ladj Ly — Le Pacte
  • Emmanuel Macon a été « bouleversé par la justesse » des « Misérables » et a demandé au gouvernement d’agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers.
  • Beaucoup comparent le cri d’alerte de Ladj Ly à « La Haine » de Mathieu Kassovitz
  • D’autres films ont eu un impact politique fort, des œuvres de Louis-Julien Petit («Discount », « Les Invisibles ») aux documentaires « Merci Patron ! » et « Demain »

 

« Bouleversé ». Comme le rapporte le JDD, le président Emmanuel Macron a vu récemment Les Misérables de Ladj Ly, en salle mercredi et en route pour les Oscars, et a été « bouleversé par sa justesse ». Le film suit des agents de la BAC à Montfermeil en Seine Saint-Denis et traite des violences policières. Le président aurait été touché au point de « demander au gouvernement de se dépêcher de trouver des idées et d’agir pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers ».

Qu’un film puisse avoir un tel impact politique, et populaire, est rare, mais pas unique : on pense récemment aux films de Louis-Julien Petit (Discount, Les Invisibles), les documentaires Merci Patron ! et Demain, mais aussi et surtout à La Haine de Mathieu Kassovitz.

« La Haine », le premier cri d’alerte

Lors de sa présentation au dernier festival de Cannes, Ladj Ly parle des Misérables comme d'« un cri d’alerte », un cri qui a fait écho pour nombre de festivaliers à un autre, poussé lui aussi sur la Croisette il y a maintenant 25 ans : La Haine. Prix de la mise en scène à Cannes 1995, César du meilleur film dans la foulée et succès public avec deux millions d’entrées, La Haine est devenu un film générationnel, culte, et bien sûr politique. Inspiré de l’affaire Makomé M’Bowolé, il met en cause les bavures policières, et plus globalement la politique sécurité de l’époque. Son réalisateur Mathieu Kassovitz va jusqu’à le qualifier de « film contre les flics », avant de se raviser.

Les médias s’emparent du débat, et le Premier ministre d’alors, Alain Juppé, organise même une projection spéciale pour les membres du gouvernement, afin de voir à quoi ils se heurtent. « En banlieue, ça fait vingt ans qu’on est “gilets jaunes”, qu’on n’est pas entendus et qu’on s’en prend plein la gueule, a commenté Ladj Ly à Cannes. Mon film, c’est un cri d’alerte. J’aimerais que le président le voie, si ça pouvait lui faire prendre conscience des réalités de ce pays. » C’est chose faite.

« Les Invisibles » à l’Elysée

Avec plus d'un million de spectacteurs lors de sa sortie début 2019, Les Invisibles a permis de sensibiliser le grand public à la réinsertion difficile des femmes SDF. Un million et deux spectateurs. En effet, le film de Louis-Julien Petit a eu les honneurs d' une projection privée à l'Elysée, en présence du couple présidentiel, et avec une partie du casting, les actrices Audrey Lamy et Noémie Lvovsky, ainsi que des comédiennes non-professionnelles ayant vécu dans la rue.

« La demande est venue de l’Elysée, confiait Louis-Julien Petit dans le Parisien. De mon côté, l’objectif était que le film serve d’interface pour trouver des solutions face à la grande précarité. On a parlé du Plan pauvreté, des arrêtés anti-mendicité, que je trouve inhumains. J’ai exposé ce en quoi je crois : qu’il faut que chaque femme SDF ait un référent social, c’est-à-dire un seul interlocuteur. » Le réalisateur expliquait également que le film avait inspiré Anne Hildago dans sa volonté d'ouvrir les mairies parisiennes, et l’Hôtel de Ville, aux SDF. On peut aussi citer le précédent film de Louis-Julien Petit, Discount sur le gaspillage alimentaire, sorti quelques mois avant le vote de mesures anti-gaspillage alimentaire à l’Assemblée. Un certain sens du timing.

Les documentaires « Merci Patron ! » et « Demain »

Les deux films n’ont a priori rien à voir, à part le fait d’être des documentaires, et d’avoir remporté l’un après l’autre le César du meilleur documentaire, en 2016 pour Demain et 2017 pour Merci Patron ! Le premier, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, propose un tour du monde des solutions possibles aux crises écologiques, économiques et sociales, tandis que celui de François Ruffin rejoue David contre Goliath, ici un couple au chômage à la suite de la délocalisation en Pologne de leur usine de fabrication de costumes Kenzo, propriété de LVMH et donc de Bernard Arnault.

Demain et Merci Patron ! ont aussi en commun d’être des œuvres engagées et militantes, chacune à leur manière, et de donner la parole aux anonymes. Leur succès public va ainsi au-delà des simples salles de cinéma, avec des projections à l’école ou à l’ONU pour le premier, et lors de rassemblements pour le second. Ils sont d’ailleurs plus (Merci Patron !) ou moins (Demain) liés à l’émergence du mouvement Nuit debout. Plusieurs centaines d’initiatives seront inspirées par le film de Cyril Dion, dont le cinéaste rend compte dans la suite Après Demain, et François Ruffin deviendra vite une personnalité montante de la politique française, et toujours réalisateur avec la sortie cette année de J'veux du soleil sur le mouvement des « gilets jaunes ».