« In Fabric » : Pourquoi la robe rouge de ce film dérangeant lui a valu le prix « 20 Minutes d'audace »

FANTASTIQUE « In Fabric », en salle ce mercredi, avait tous les atouts pour séduire le jury du prix « 20 Minutes d’audace » du Festival des Arcs

Caroline Vié

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«In Fabric» de Peter Strickland
«In Fabric» de Peter Strickland — Tamasa Distribution
  • Dans « In Fabric », une robe maléfique passe de corps en corps et sème le chaos.
  • Le jury du prix « 20 Minutes d'audace » a été envoûté par ce film culotté et dérangeant.
  • Le réalisateur britannique Peter Strickland prend grand plaisir à malmener le spectateur avec cette œuvre dont l’univers rappelle celui de David Lynch.

La robe du vénéneux In Fabric de Peter Strickland cause bien des misères aux personnes qui la portent. Ce film culotté et dérangeant ne ménage pas le spectateur tant ce morceau d’étoffe rouge dissimule de pouvoirs maléfiques.

Le réalisateur de Berberian Sound Studio (2013) et Duke of Burgundy (2015) s’y entend pour mettre le public mal à l’aise. « Je n’aime pas l’eau tiède, confie-t-il à 20 Minutes. Le cinéma doit faire ressentir des émotions fortes, voire choquer. » Un parti pris qui lui a valu de recevoir le Prix 20 Minutes d'audace lors du dernier  Festival des Arcs, en décembre 2018, pour cette œuvre riche en références que le réalisateur a su audacieusement détourner. Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, on vous explique pourquoi le film nous a tant séduits.

« In Fabric », c’est mythologique

In Fabric évoque la mythologie gréco-romaine et Déjanire offrant à Hercule une tunique empoisonnée pour le punir de son infidélité. « Le vêtement touche à la peau, il a donc quelque chose de profondément intime, précise Peter Strickland. J’ai modernisé ce concept. » L’héroïne esseulée jouée par Marianne Jean-Baptiste paye cher son désir de séduction quand elle se laisse convaincre d’acquérir la petite robe rouge. « La couleur n’a pas été choisie au hasard, insiste le cinéaste. Elle est celle de la passion qui sommeille chez une personne frustrée. »

«In Fabric », c’est horrifique

Le vêtement est enchanté par un cercle de sorcières opérant dans un grand magasin sinistre. Ces dames auraient pu trouver leur place dans les deux versions de Suspiria; celle de Dario Argento en 1975 et celle de Luca Guadignino en 2018. « Ces films ont eu une influence sur moi mais j’ai davantage insisté sur la sensualité », précise Peter Strickland. Un réparateur de machine à laver qui endosse le vêtement connaît une expérience fort étonnante à son contact. « La robe révèle ce qu’on dissimule au plus profond de soi », explique le cinéaste. Elle secoue même les machines à laver.

« In Fabric », c’est organique

Tobe Hooper, réalisateur de Massacre à la tronçonneuse, s’était lui aussi frotté à un sujet similaire dans Robe de sang (1990) d’après Cornell Woolrich. « Mon film est plus organique, commente Peter Strickland. Je me sens plus proche de David Lynch que de Tobe Hooper. » Soutenu par une belle partition de Cavern of Anti-Matter, In Fabric n’a rien d’un long fleuve tranquille. En égratignant les diktats de la mode, Peter Strickland s’amuse à nous malmener. Et on aime se laisser prendre dans son étoffe diabolique.

Berberian sound studio : Ingénieux ingénieur du son