Référents harcèlement sexuel, quotas... Le monde du cinéma et France Télévisions prennent des mesures contre les violences sexuelles

VIOLENCES SEXUELLES La présidente de France Télévisions Delphine Ernotte a aussi annoncé des mesures pour les tournages de séries

M.Lo. avec AFP

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Franck Riester a annoncé des mesures contre le harcèlement sexuel dans le cinéma.
Franck Riester a annoncé des mesures contre le harcèlement sexuel dans le cinéma. — LUDOVIC MARIN / AFP

Après les déclarations d’Adèle Haenel et la nouvelle accusation visant Roman Polanski, le ministre de la Culture a annoncé jeudi des mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel dans le cinéma français, pour que les prises de parole « ne soient pas vaines ».

Une œuvre, « si grande soit-elle, n’excuse pas les éventuelles fautes de son auteur », a lancé Franck Riester lors des deuxièmes Assises pour la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma, à Paris, où était également présente Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions. Ces Assises se déroulent au moment où Roman Polanski est visé par une nouvelle accusation de viol de la part de la photographe française Valentine Monnier, qui dit avoir été battue et violée par le cinéaste en 1975 à l’âge de dix-huit ans. Sans jamais nommer le réalisateur, le ministre a estimé que « le talent n’est pas une circonstance atténuante ; le génie, pas une garantie d’impunité ».

Deux ans après la naissance de #MeToo, il a cependant mis en garde contre le « tribunal de l’opinion » et assuré de son souci de protéger « la liberté de créer ». Franck Riester, qui avait déjà salué le « courage » de l’actrice Adèle Haenel, qui a accusé le réalisateur Christophe Ruggia d'« attouchements » et de « harcèlement » quand elle était adolescente, a une nouvelle fois exprimé son soutien à « toutes celles qui osent briser le silence ». « Votre parole est nécessaire » et n’est « pas vaine », a-t-il dit, en annonçant des mesures contre le harcèlement sexuel.

Référents harcèlement sexuel

Le ministre s’est dit « favorable à la nomination de référents en matière de prévention et de détection des risques liés au harcèlement sexuel » sur les tournages et pendant les promotions des films.

Delphine Ernotte, revenant sur le mouvement #MeToo et la prise de parole d’Adèle Haenel, a également annoncé que le groupe audiovisuel public allait nommer « un référent harcèlement sexuel sur chacun des tournages pour que les victimes puissent avoir toujours un interlocuteur et une oreille attentive qui empêche ainsi à une quelconque omerta de prendre forme ». Le groupe compte demander à ses partenaires de faire de même.

Cellule d’alerte et d’écoute

La mise en place d’une « cellule d’alerte et d’écoute à destination des victimes de violence et de harcèlement sexuel et sexiste » dans le spectacle vivant, l’audiovisuel et le cinéma sera accompagnée par le ministère, afin qu’elle « soit opérationnelle dès le 1er janvier 2020 ».

Formations

Des formations sur la prévention du harcèlement destinées aux professionnels du spectacle vivant et de l’audiovisuel seront organisées dès 2020.

Quota de femmes réalisatrices

France Télévisions mettra en place des quotas pour les femmes réalisatrices à partir de 2020, avant de les étendre à « l’ensemble des créateurs », a annoncé sa patronne Delphine Ernotte. « Le regard sur une œuvre est souvent porté par son ou ses créateurs, qu’il soit auteur, producteur, réalisateur ou showrunner comme le disent les Anglo-Saxons. Ces métiers sont aujourd’hui essentiellement occupés par des hommes », a expliqué la dirigeante. « Même lorsque les équipes de tournage sont paritaires, c’est souvent ces fonctions qui vont déterminer le regard qui est ressenti par le spectateur. C’est pourquoi, dès 2020, nous mettrons en place des quotas, pour les femmes réalisatrices pour commencer, et de manière plus étendue à l’ensemble des créateurs », a-t-elle annoncé. Sans chiffrer les quotas, elle a indiqué que le groupe ferait de même « pour favoriser l’inclusion sociale, et la diversité des origines sociales, culturelles ou géographiques ».

Aides du CNC

Le versement de toutes les aides du Centre national du cinéma (CNC) sera « dorénavant conditionné au respect, par les entreprises qui les demandent, d’obligations précises en matière de prévention et de détection des risques liés au harcèlement sexuel ».

Lors de la première édition des Assises pour la parité l’an dernier, la ministre de la Culture de l’époque Françoise Nyssen avait annoncé la mise en place en 2019 d’un bonus de 15 % dans les subventions pour les films dont les équipes intègrent autant de femmes que d’hommes à des postes d’encadrement clés. Faisant le point sur ces mesures, Franck Riester a annoncé que 22 % des films agréés par le CNC (soit 29 films) avaient reçu ce bonus. Il s’est félicité que les engagements pris aient été « suivis de résultats ».

Alors que Valentine Monnier avait écrit des courriers pour s’interroger sur les financements publics dont bénéficie Roman Polanski, Delphine Ernotte a par ailleurs justifié le choix de France Télévisions de coproduire J’accuse. « Nous avons considéré qu’il n’y avait pas eu de grand film sur l’Affaire Dreyfus », a-t-elle plaidé, disant cependant « comprendre l’émotion et l’interrogation que peut susciter cette décision ». « Mais au-delà de ce symptôme que représente un réalisateur ou un film en particulier que nous devrions juger, c’est bien un système que nous devons interroger », a-t-elle estimé.

Faisant valoir sa propre expérience en tant que première femme à la tête de France Télévisions, Delphine Ernotte a en outre détaillé les mesures en faveur de l’égalité déjà prises par le groupe, notamment avec des programmations spéciales ou les quotas d’expertes à l’antenne. « En 2015, parmi les experts, il n’y avait que 20 % de femmes sur la télévision publique, qui se trouvait pourtant bien en avance par rapport aux chaînes privées. Nous avons décidé de fixer un quota de femmes expertes, sous l’égide du CSA », a-t-elle rappelé. « Mais en guise de quota, j’ai dit clairement notre objectif : atteindre la parité en 2020. En 2018, elles étaient 41 % et je ne doute pas que nous atteindrons notre objectif de 50 % en 2020 », a assuré la dirigeante.