Les films Marvel ne sont toujours pas du cinéma pour Martin Scorsese, il s'explique dans une tribune

POLEMIQUE Le réalisateur culte a peur que l'hégémonie des productions Marvel n'écrase les films d'auteurs, et que l'on ne puisse bientôt plus les voir en salle

V. J.

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Le réalisateur Martin Scorsese
Le réalisateur Martin Scorsese — Face to Face / Starface

Alors, c’est du cinéma ou pas les films Marvel ? Après les avoir comparés à des parcs d’attractions, Martin Scorsese était revenu sur ses propos pour les qualifier de « nouvelle forme d’art » mais aussi prévenir de leur hégémonie au détriment des films « traditionnels ». Le cinéaste culte a décidé de revenir à la charge dans une tribune publiée dans le New York Times, et intitulée « J’ai dit que les films Marvel n’étaient pas du cinéma. Laissez-moi expliquer ».

Des gens de talents

Il commence par saluer les réalisateurs de ses films : « Toutes ses franchises sont faites par des gens de talent. On peut le voir à l’écran. Ces films ne m’intéressent pas, mais c’est une question de goût. Je suis sûr que si j’avais été plus jeune, si j’avais grandi à cette époque contemporaine, j’aurais été excité de voir ces films et peut-être même, j’aurais voulu en réaliser un moi-même ». Martin Scorsese, ses blockbusters étaient les films d’Alfred Hitchcock. La différence est, selon lui, la prise de risque.

Des produits prêts à la consommation

« Beaucoup d’éléments qui définissent le cinéma tel que je le connais se retrouvent dans les films Marvel, détaille-t-il. Mais ils manquent de surprise, de mystère ou de prise de risque émotionnelle. Ces films sont faits pour remplir un cahier des charges et conçus comme des variations sur un nombre limité de thèmes. Rien n’a vraiment d’importance. On parle de suites mais en réalité, il s’agit plus des remakes du même film, encore et encore. C’est la nature même des blockbusters modernes : soumises à des études de marché, testées auprès du public, modifiées, vérifiés, remodifiés jusqu’à ce qu’ils soient prêts à la consommation. »

Pour le dire autrement, ces films sont, pour Scorsese, tout ce que les réalisations de Paul Thomas Anderson, Claire Denis, Spike Lee, Ari Aster, Kathryn Bigelow ou Wes Anderson ne sont pas : « Quand je regarde l’un de leurs films, je sais que je vais voir quelque chose d'absolument nouveau et que je vais vivre des expériences inattendues, peut-être même innommables. Mon monde de ce qu'il est possible de raconter avec le langage cinématographique s’en trouve agrandi grâce à eux ».

Les blockbusters squattent les multiplexes

Mais le vrai souci pour le réalisateur de The Irishman est qu'« à travers le monde, les films en franchise sont désormais le premier choix si vous souhaitez voir quelque chose sur grand écran. Nous vivons une période difficile pour la diffusion de films, il y a moins de théâtres indépendants. L’équation a changé, et le streaming est devenu le principal moyen de diffusion. Pourtant, je ne connais pas un seul cinéaste qui ne conçoit pas son film pour le grand écran, pour qu’il soit projeté au public, dans une salle. »

Martin Scorsese parle ensuite de son propre cas, et de son prochain film The Irishman, qui sera exploité presque exclusivement sur Netflix. Le service de SVOD est le seul à lui avoir laissé le film comme il le voulait, et s’il sort sur un nombre limité de salles aux Etats-Unis, le réalisateur aurait aimé avoir plus d’écrans, mais les multiplexes sont squattés par les films de franchises. « J’ai peur que la domination financière de l’un ne soit utilisée pour marginaliser l’existence de l’autre, conclut-il dans sa tribune. A tous ceux qui rêvent de faire du cinéma ou qui commencent tout juste, la situation actuelle est brutale et inhospitalière. Le simple fait d’écrire ces mots me rend très triste. »