« Le Traître » : Comment Marco Bellocchio a transformé la vraie vie d’un mafieux en polar haletant

PARRAIN Marco Bellocchio revient sur la vie fascinante du mafieux Tommaso Buscetta dans « Le Traître » en salle mercredi

Caroline Vié

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Pierfrancesco Favino dans «Le Traître» de Marco Bellocchio
Pierfrancesco Favino dans «Le Traître» de Marco Bellocchio — Ad Vitaml
  • Le mafieux Tommaso Buscetta a trahi la Cosa Nostra, à moins que ça ne soit l'inverse...
  • Marco Bellocchio offre un rôle en or à Pierfrancesco Favino en le faisant entrer dans la peau du gangster.
  • « Le Traître » raconte une incroyable histoire vraie, digne du meilleur des polars.

Il est fort dommage que Le Traître de Marco Bellocchio soit reparti bredouille du Festival de Cannes où il a pourtant fait sensation. Entre polar et biopic, la vie du mafieux  Tommaso Buscetta (1928-2000) passionne dès ses premières images.

« Tommaso Buscetta ne se voyait ni comme un traître, ni comme un repenti, explique Marco Bellocchio à 20 Minutes. Selon lui, c’est la mafia qui l’a trahi. » La vraie vie de ce gangster incarné par Pierfrancesco Favino est digne des plus délirantes fictions tandis qu’il cherche à échapper aux règlements de comptes entre les différentes « familles » dans les années 1980 avant d’accepter de collaborer avec le juge Falcone.

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Une existence passionnante

« Je n’ai pas eu à forcer le trait pour rendre son existence intéressante, insiste le cinéaste, mais j’ai pris garde à ne pas en faire un personnage fascinant. Mon film est un anti-Scarface car il n’y a rien de séduisant dans sa vie sous la coupe de la Cosa Nostra. » L’humour pointe son nez lors du procès qui réunit un nombre ahurissant de gangsters à Palerme. « Les débats avaient été retransmis par la télévision mais j’ai pensé à la Commedia dell’arte au moment de les transposer au cinéma », raconte Marco Bellocchio. Le spectateur ne peut s’empêcher de sourire devant les ruses des mafieux pour tenter de bloquer les rouages de la justice. Certains vont jusqu’à se mettre nus ou à se coudre la bouche.

Des hommes d’honneur

« Tommasso Buscetta n’était pas un ange, tant s’en faut, déclare Marco Bellochio. Il se pliait cependant à quelques règles strictes comme le fait qu’on ne touche pas aux femmes et aux enfants. » L’arrivée de la cocaïne et de ses profits faramineux a changé les règles. « Les fils des mafieux ont pris les rênes du business en décidant que tout était permis, raconte le réalisateur. Ils consommaient parfois leurs produits ce qui les rendait particulièrement dangereux. »

Ce film-fleuve de 2h25 suit Tommaso Buscetta du Brésil où il s’est réfugié avant d’être renvoyé en Italie, jusqu’en Floride où il a fini ses jours.

Emporté par le suspense

« L’idée était de rendre les faits historiques clairs même pour ceux qui ne les ont pas vécus », explique Marco Bellocchio. On est emporté par le suspense qu’il est parvenu à construire autour du Traître. A 79 ans, le réalisateur italien n’a rien perdu de son énergie, ni de sa virtuosité. Une scène d’attentat, filmée de l’intérieur de la voiture des victimes, peut être considérée comme l’un des moments de cinéma les plus forts de cette année.