Bong Joon-ho n’en revient toujours pas du succès de « Parasite »

OEUVRE « Parasite » a déjà engrangé plus de 90 millions de dollars de recettes dans le monde

L.Be. avec AFP

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Image extraite du film «Parasite» de Bong Joon-ho.
Image extraite du film «Parasite» de Bong Joon-ho. — The Jokers / Les Bookmakers

Palme d’or à Cannes, son film Parasite est un triomphe tant critique que commercial dans le monde entier. Mais le cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho, invité du Festival Lumière à Lyon, ne s’attendait pas du tout au succès de ce film « un peu gênant, inconfortable ». Vendu sur près de 200 marchés internationaux, un record pour un film sud-coréen, Parasite a déjà engrangé plus de 90 millions de dollars de recettes dans le monde. En France, il a attiré plus de 1,67 million de spectateurs, devenant la Palme d’or la plus vue depuis quinze ans.

Drame familial et thriller sur les inégalités sociales, mêlé de comédie, Parasite raconte l’histoire d’une famille de chômeurs dont la vie va changer le jour où le fils devient professeur d’anglais dans une famille bourgeoise, marquant le début d’un engrenage incontrôlable.

« Très inquiet » de l’accueil de « Parasite »

« Parasite parle de la pauvreté, des odeurs, et le côté cru dans le film peut être un peu gênant pour les spectateurs », souligne Bong Joon-ho lors d’un entretien à Lyon à l’occasion du Festival Lumière – dédié aux films classiques – dont il est l’un des invités d’honneur. « Dans mon film, il n’y a pas du tout non plus de solidarité entre les pauvres. Au contraire, les pauvres se battent entre eux », ajoute le réalisateur de The Host et de Snowpiercer, le Transperceneige.

« C’est aussi pour ça que je pensais que le film dérangerait, parce qu’en général on voit les méchants riches et les pauvres solidaires et qui gagnent », analyse le cinéaste, assurant qu’il était « très inquiet » de l’accueil que recevrait ce long-métrage pour lequel il « espérait juste rentrer dans ses frais ». S’il passe avec Parasite - son septième film – d’un ton à l’autre avec une grande maîtrise, alliant comédie noire et drame, le réalisateur de 50 ans affirme qu’il n’a cependant « jamais senti qu’il mélangeait les genres, même pendant l’écriture du scénario ou le tournage ».

« Je crois que j’ai des émotions diverses en moi, dit-il. C’est juste ça qui naturellement ressort dans mes films ».

Grand succès avec « Memories of murder »

Bong Joon-ho, dont le premier long-métrage Barking dog est sorti en 2000, a connu en 2003 un grand succès avec Memories of murder, tiré de l’histoire réelle d’un tueur en série dans les années 1980 qui a violé et assassiné plusieurs femmes. La police coréenne a annoncé en septembre avoir identifié un suspect dans cette affaire, un homme de 56 ans emprisonné pour le viol et le meurtre de sa belle-sœur, confondu par son ADN plus de 30 ans après le premier meurtre.

« Pendant des années, je n’ai pensé qu’à lui en fait. Je me demandais comment je pouvais le rencontrer, raconte Bong Joon-ho. J’ai tellement pensé à lui que même j’en rêvais la nuit. J’en devenais complètement fou. Comme aujourd’hui, on voit cet homme dans les journaux, on voit sa photo, j’ai des sentiments très mêlés, complexes. »

Prêt à retravailler avec Netflix ?

Après le succès de Parasite, Bong Joon-ho s’attelle déjà à un prochain film, « un projet qu’il a depuis 17 ans en tête ». « C’est quelque chose d’assez étrange, une sorte de film d’horreur ou un thriller. Ça se passe à Séoul. On verra le paysage coréen, mais que j’ai envie de disséquer, détaille-t-il. Et puis il y a un autre film, un projet en anglais. C’est un drame celui-là. »

Serait-il prêt à retravailler avec Netflix, après Okja, son précédent long-métrage dont la sélection à Cannes en 2017 avait suscité une vive polémique, conduisant le festival à obliger une sortie en salles pour les films en compétition ? « Maintenant, avant que ce soit en streaming, il y a parfois des avant-premières des films Netflix en salles, donc je pense qu’eux aussi commencent à devenir un peu plus souples, à montrer les films au cinéma, estime le cinéaste. Si ça continue dans cette direction-là, j’aimerais bien retravailler avec eux. »